"Je suis dans le métro et il fait chaud", ou pourquoi je me pose des questions sur twitter.

Petit conseil aux "twittos", comme on les appelle quand on est branché : vérifiez régulièrement qui vous suit, cela va de soi... mais aussi, plus étonnamment, qui vous suivez.


Je me connecte ce matin, et m'en vais parcourir ma liste de "followers", afin de voir s'il y a des personnes que j'ai envie de suivre en retour, lorsque tout d'un coup, je tombe sur un compte qui me suit, et que je suis, mais que je n'avais jamais demandé à suivre ! Vu le contenu (pornographie) je n'aurais jamais demandé à suivre ce compte, évidemment. Alors évidemment sur le coup, je suis estomaquée, je vérifie et vérifie encore pour être certaine que je n'ai pas la berlue, mais non, je le suis bien, et je me pose la question suivante : comment cela a-t-il pu être possible ? 

Je me demande alors si des gens ouvrent un compte, commencent par twitter des trucs tout à fait normaux, des infos, etc... rassemblent des followers... puis un jour ils changent tout leur compte, contenu, nom, "@" (si c'est techniquement possible) et vous voilà en train de suivre à votre insu un compte totalement nouveau, au contenu plus que douteux.


Léger choc tout de même, en ce lundi matin... C'est la première fois qu'un truc pareil m'arrive, même si j'ai déjà remarqué dans le passé que des personnes que je suivais décidaient un jour de changer de pseudo, tout en gardant le même genre de contenu, et du coup je me disais en voyant le nouveau pseudo : "ben c'est qui, celui là ?" (quand je suis des gens, je les suis vraiment, du moins j'essaye car c'est pas évident quand on suit près de 500 personnes !).


Donc, premier réflexe, bloquer le compte. Deuxième réflexe, 'Keep calm and carry on", comme on dit en Grande Bretagne. Troisième réflexe, "put the kettle on" comme on dit également en Grande Bretagne. Et décider d'être plus vigilante à l'avenir, et vérifier très régulièrement qui me suit... mais aussi qui je suis ! Du verbe suivre, et non du verbe être. 


J'en viens à me poser des questions sur Twitter en général, sa réelle utilité, ce qu'il est devenu au fil des années, et plus largement sur internet en général.


Ce n'est pas la première fois que je me pose des questions sur internet. Ce qui devait être (c'est toujours comme ça : "ce qui aurait dû être... est en fait devenu... etc etc) un extraordinaire outil de communication d'informations est devenu, en plus de sa fonction première qu'il continue tant bien que mal d'exercer (et l'on sait, de plus, que de fausse informations -ou en tout cas des infos non vérifiées et que l'on balance comme ça, à la va-vite, histoire d'être le premier à le faire- circulent continuellement sur Internet), une véritable poubelle dans laquelle on déverse fausses informations, donc, mais aussi virus, rumeurs, agressivité, méchanceté, racisme, complotisme, antisémitisme, islamophobie, autrephobies en tous genres, pornographie et tutti quanti.


J'ai eu internet chez moi à Paris de 1997 jusqu'en à 2005 où j'ai décidé de décrocher et résilier mon abonnement en raison des contenus sur la toile qui n'évoluaient pas de la façon qui me convenait. De ses débuts à... disons 2002, et je suis même généreuse, Internet était un truc vraiment génial. Personnellement, j'étais chez Club-Internet, un super provider avec lequel je n'ai jamais eu le moindre problème. En plus les gens qui y travaillaient étaient super sympas et disponibles. Au tout début, on pouvait même visiter leurs locaux, à La Villette, lors de journées portes ouvertes annuelles, ils nous montraient leurs serveurs et tout et tout, et c'était passionnant. On avait même droit à un petit café après.

Je suis restée sans internet chez moi de 2005 jusqu'à 2011 (ce qui ne signifie pas que je ne me connectais plus, j'allais dans des webcafés et à la bibliothèque), puis on a finalement repris un abonnement chez un des plus grands providers... dont nous avons profité seulement six mois pour raison de notre départ en Angleterre. Ce n'est pas l'unique raison pour laquelle j'ai regretté que nous ayons pris ce nouvel abonnement. Dès la souscription, la commerciale de l'agence nous a arnaqués en cochant des options payantes de chaînes de télévision que nous n'avions pas demandées, et qui ont bien sûr été difficiles à résilier lorsque nous nous en sommes rendus compte. Le service client était impossible à contacter, fallait appeler tel numéro, on nous renvoyait de service en service... et pour résilier l'abonnement par la suite, c'est tout juste si on ne nous a pas demandé un mot d'excuse des parents. Rien à dire par contre sur la qualité de la connexion internet, qui était impeccable.


Pour en revenir à Twitter, je connaissais son existence mais ne me suis décidée à ouvrir un compte qu'en 2012. Au début je trouvais ça marrant, mais très vite je me suis rendue compte que non seulement c'était "bouffant" (je te suis, tu me suis, tu me désuis... et puis on n'envisage plus ensuite de se déconnecter une fois pour toutes de ce truc) mais qu'en plus l'idée, pour beaucoup d'utilisateurs, ce n'était même pas de poster des infos intéressantes, mais d'avoir le plus de followers possible. Pour avoir l'air "successful" of course...


Et le must, c'est bien sûr de ne suivre que quelques personnes, et d'avoir des tonnes de followers. Ca équivaut dans la tête de nombre de personnes au statut très convoité de star de Hollywood. 


La chasse aux "followers" est donc ouverte sur Twitter, et toutes les techniques sont bonnes pour en augmenter le nombre. 

J'ai vu un nombre incalculable de personnes me suivre, puis dès que, ou très peu de temps après que, je les ai suivis en retour, me désuivre, histoire d'augmenter progressivement le nombre de leurs followers sans augmenter celui des gens qu'ils suivent. Parfois ils le font dès le lendemain. Inutile de dire que je désuis en retour, et tant pis si leur contenu était intéressant. Je n'aime pas les tricheurs et les gens malhonnêtes.

J'ai vu en 2012 une personne qui, au début, à l'époque où je l'ai suivie, suivait peu de personnes et était suivie par peu de personnes, se mettre soudain à suivre comme un malade et passer en l'espace d'une semaine de, je sais plus, 80 personnes qu'il suivait, à plus de 2000. J'imagine qu'il a dû passer des journées entières sur Twitter à suivre des gens. J'étais abasourdie. J'ai regardé qui il suivait... presque que des comptes bidon ou qui n'avaient rien à voir avec ses centres d'intérêts, clairement annoncés dans son profil. J'ai continué à observer son compte (ce n'est pas que je n'avais rien de mieux à faire mais c'était instructif sur le comportement de certains utilisateurs de Twitter), son nombre de followers a augmenté en flèche en l'espace de quelques jours suite à sa manoeuvre. Puis il s'est mis à désuivre les gens progressivement. Quelques uns par semaine. 


J'ai vu une personne se servir de sa filiation dans la description de son profil, "fils de Machin Chouette" (Machin Chouette, vous l'aurez compris, étant quelqu'un de connu) pour se créer une légitimité et s'attirer des followers. Puis la mention en question a disparu du profil quelques mois plus tard quand le nombre de followers est devenu important. Il est pourtant toujours le fils de Machin Chouette, j'imagine, mais visiblement il n'est plus nécessaire d'utiliser ce filon. Ca en dit long sur la façon dont le monde fonctionne. Bien que je trouve cette personne parfaitement malhonnête et cynique, je me dis qu'elle n'a fait, finalement, que comprendre comment le monde fonctionne, et exploiter pour sa publicité ce qui était exploitable. Peut-on le lui reprocher, finalement ?

Ce ne sont que quelques exemples de ce que j'ai pu observer ces trois dernières années.

Plus largement, j'ai vu une personne annoncer sur son compte Twitter l'ouverture de sa page Facebook, et lorsque je suis allée voir un ou deux jours après, la personne avait déjà plusieurs centaines de milliers de "like". J'ai hurlé de rire.


Pour ceux qui ne le savent pas, mais je suis sûre que tout le monde le sait, il y a des entreprises sur internet qui vous vendent des "like". Vous payez, et ils payent des gens pour vous "liker". Sauf que... la durée des "like" n'est pas garantie, et les gens vous "délikent" ensuite, la bonne blague.


Donc j'ai observé le compte Facebook de cette personne pendant un certain temps, et j'ai vu en effet le nombre de ses like diminuer de façon régulière et à vitesse grand V. Les gens qui font ça, s'acheter des like, à moins de repayer ensuite l'entreprise pour maintenir le nombre au même niveau, ils sont condamnés à voir leurs likes diminuer, jusqu'à retrouver le niveau d'avant l'achat. Bref, une belle arnaque. 


On peut aussi s'acheter des followers sur Twitter, pour ceux que ça intéresse...


Pour ce qui est de la façon dont certaines personnes se servent de twitter, j'ai vu des gens vivre littéralement sur Twitter. Dès leur connexion, ils envoient un bonjour matinal à telle et telle personne, puis se lancent avec elles dans des conversations sans fin, parfois composées de tweets aussi courts que "mdr", "lol", "ah oui alors !!!!!", et des trucs comme ça. Soit les personnes en question se connaissent personnellement, et dans ce cas on se téléphone ou on se voit, mais on n'affiche pas ses conversations perso au monde entier, soit ce ne sont que des connaissances sur Twitter, qui ne se rencontreront jamais dans la vraie vie, et là j'avoue ne pas trop comprendre.

D'autres gens sont connectés en permanence via leur téléphone portable, et ne peuvent plus faire un geste ou voir un seul truc dans la rue sans se croire obligés d'en informer le monde entier. "Je suis dans le métro et il fait chaud" étant un exemple parmi d'autres. 



Tout cela est ridicule. C'est devenu n'importe quoi. Twitter ne devrait pas servir à cela, et les gens ne devraient pas se soucier du nombre de personnes qui les suivent, les "likent", etc. Par contre, se soucier de QUI vous suit, et non pas de COMBIEN vous suivent, là oui.

Et aussi de qui VOUS suivez...

Je suis de nouveau, en ce mois d'octobre 2015, dans une phase de remise en question d'internet. Et comme en 2005, j'en ai marre de ce qu'internet est devenu. Mais comme depuis quelques temps certaines de mes activités professionnelles nécessitent que je sois connectée, ne serait ce que pour communiquer avec les personnes avec lesquelles je travaille, et que de plus ces activités professionnelles me passionnent, je ne peux plus envisager d'annuler la connexion. 


J'arrête désormais d'observer les gens sur Twitter, je sais à peu près ce que je voulais savoir, j'ai fait ma petite "sociologie" personnelle de supermarché, à mon niveau, et je vais également décrocher un peu de ce média qui peut être passionnant à utiliser, si toutefois on l'utilise à bon escient, mais prend trop de temps et me prend également la tête. Je continuerai à l'utiliser, mais certainement plus aussi souvent qu'avant. 



J'ai vu, de 2012 à 2015, à quoi Twitter sert, mais j'ai vu aussi ses limites. 

Je me suis faite pirater une fois (des personnes ayant pris le contrôle de mon compte et twittant des débilités, je n'ai pas eu d'autre choix que de fermer le compte en catastrophe et en ouvrir un autre) et déjà ce jour là, je me suis posé de sacrées questions. 


Et ce matin, lorsque j'ai vu ce compte porno qui me suivait, et qu'en plus je suivais à mon insu, j'ai soudain réalisé que, Twitter, Internet...  tout cela est devenu complètement ridicule. 


Je reprochais en 2005 à Internet d'être devenu commercial, dix ans plus tard je lui reproche d'être devenu ridicule. 


Il est loin le temps des débuts d'internet, la convivialité qu'on y trouvait, la pertinence de son contenu. Internet est un peu comme quelqu'un à qui l'on aurait offert l'Oscar du meilleur jeune espoir, mais qui aurait par la suite déçu ses plus grands supporters.


@ +, comme on dit quand on est branché...



12 octobre 2015