Ousmane Sow

Je viens d'apprendre en surfant sur Twitter la triste nouvelle, la mort de l'artiste sénégalais Ousmane Sow. J'étais allée voir, plusieurs fois, l'exposition de ses oeuvres sur le Pont des Arts en 1999, et j'avais été plus que frappée par la beauté de ses sculptures, j'avais été subjuguée. 
Il faisait beau, le soleil brillait, le ciel était bleu, il y avait du monde sur le pont, le cadre était resplendissant, Paris était, comme toujours, magnifique, et tout ce monde qui déambulait tranquillement au milieu des statues semblait ébloui par la beauté pure, authentique, de ce qu'il découvrait. 

En fait, je ne me souviens plus si le ciel était si bleu ni si le soleil brillait à ce point, mais une chose est sûre, le soleil brillait dans mon coeur et le ciel était bleu à mes yeux. Je venais d'avoir une sorte de choc, une véritable révélation.

Je me souviens surtout de ces visages si expressifs qu'on se serait presque demandé si ces statues n'étaient pas vivantes. C'était fascinant. Tout le contraire pour moi d'une statue de marbre blanc qui, au delà de la perfection technique de l'exécution, ne dégage à mes yeux que froideur et distance. Durant la première visite, je n'arrivais pas à trouver les mots pour exprimer ce que je ressentais en regardant ces chefs-d'oeuvre. Je n'en revenais pas. C'était comme surnaturel.

Je me souviens en particulier de l'une de ces statues, immense, dont la tête penchée observait les spectateurs avec dans les yeux, si l'on regardait bien, une douceur et une bonté telles que l'on se sentait comme enveloppé d'amour et de tendresse. Ousmane Sow a, je le crois, réussi à toucher du doigt les profondeurs de l'âme humaine. 

Ces statues presque géantes, on avait l'impression qu'elles allaient se mettre à parler. On s'attendait à voir, soudain, leurs lèvres bouger, leurs doigts remuer. Les oeuvres d'Ousmane Sow, on avait envie de les écouter, on avait envie de leur répondre, et une fois que l'on avait fait connaissance avec elles, on n'avait plus envie de les quitter. La visite terminée, on reprenait le pont dans l'autre sens, puis encore une fois en sens inverse, puis une fois encore... 

Nous ne devions pas être les seuls à ressentir ce besoin étrange de rester le plus longtemps possible car certaines personnes, surtout des jeunes, s'étaient assises par terre, à même les planches de bois, et semblaient décidées à rester la journée entière là, et peut-être même la soirée, sans se soucier du temps qui passe. 

Mais il arrivait un moment où il fallait bien se décider à partir. On devait alors se forcer à quitter ce Pont des Arts si bien nommé, ce pont devenu une passerelle entre les cultures, entre les différentes formes d'expression, une passerelle reliant même tous les êtres humains. 

Cette exposition des oeuvres d'Ousmane Sow au Pont des Art fut l'un de ces événements à la fois magiques et éphémères qui marquèrent durablement la capitale et ses habitants. Je suis sûre que beaucoup de gens, encore aujourd'hui, en ont gardé un souvenir très présent et très intense. 

Et des années durant, chaque fois que je passais devant le Pont des Arts, je repensais à ces statues merveilleuses, à cette exposition merveilleuse qui m'avait ouvert tant de portes, alors qu'il n'avait même pas été nécessaire d'en ouvrir une seule, comme on le fait dans les musées, pour aller les voir, et j'aimais bien me demander où elles étaient à présent, ce qu'elles faisaient... Je me demandais également si elles avaient aimé être exposées sur le Pont des Arts et ce qu'elles avaient pensé de tous ces gens venus les admirer.

Il y a peu d'artistes capables de rendre leur Art aussi authentique et aussi vivant. Ousmane Sow était, et restera, l'un de ceux là.



Ousmane Sow au Pont des Arts sur Google Images 




1er décembre 2016