France Inter, c'est fini sur les Grandes Ondes ?




Je viens d'apprendre que France Inter va arrêter de diffuser sur les grandes ondes. Evidemment, il se passe des choses plus graves sur cette Terre et cela ne va pas gêner la majorité de la population française, car je suppose que presque tous les auditeurs de cette radio, s'ils sont situés en France, l'écoutent sur la bande FM, et non sur les grandes ondes. 


Mais cela va gêner certaines personnes dont visiblement tout le monde se fiche, en particulier môaaa ! 

Non, je plaisante, ce n'est évidemment pas pour les gens comme moi que l'arrêt de la diffusion de France Inter sur grandes ondes va être le plus problématique.

Tout d'abord, le fait de conserver la radio sur ondes longues pourrait permettre de diffuser à la population française des messages urgents en cas de besoin. J'espère que le besoin ne s'en fera jamais sentir, évidemment, mais on devrait, par mesure de précaution, conserver ce canal de communication, juste au cas où. Ca éviterait ensuite de venir pleurnicher si un jour on en avait eu besoin mais que ce canal n'avait pas été disponible. Personnellement, je ne trouve pas si obsolète que cela de diffuser des messages d'urgence à la radio. 

Ensuite, il y a des personnes sur le territoire français pour qui, apparemment, les ondes longues sont la seule façon de recevoir France Inter car, en raison de leur situation géographique, elles ne parviennent même pas à capter la FM là où elles se trouvent. J'imagine des personnes situées dans des coins reculés de montagne, par exemple. Cet article de Télérama précise que seulement 96% du territoire français reçoit France Inter sur la bande FM. Cela laisse 4% sur le bas côté de la route. Là, c'est vraiment problématique. Il n'y a aucune raison pour que l'on ne prenne pas en compte les personnes qui vivent dans ces 4% de territoire, et qu'on les oublie. France Inter en FM touche d'ailleurs bien plus que France Info qui ne couvre que 88% du territoire. 

C'est vrai que cela coûte cher de continuer à diffuser sur les grandes ondes, mais cela revient à dire à tous ces gens : "écoutez, fichez nous la paix, vous nous coûtez cher et finalement vous n'êtes pas si importants que cela. Tant pis pour vous." 

Alors bien sûr on peut toujours, me direz-vous, écouter France Inter en direct sur Internet. Mais c'est oublier plusieurs choses :
Et d'une, si votre fournisseur d'accès plante (ça peut arriver), ou si votre matériel informatique plante, vous êtes subitement privé de votre écoute "en direct". 
Et de deux, si vous avez fait le choix, comme nous l'avons fait, de ne pas avoir le WiFi chez vous mais de conserver votre connexion Ethernet (entre parenthèses je n'ai plus de maux de tête depuis qu'on n'a plus le WiFi, c'est une coïncidence ou cela a réellement un rapport ? J'aimerais bien le savoir...), vous ne pourrez écouter votre radio que dans une seule pièce, le nez scotché devant votre ordinateur. Un peu limité, vous ne trouvez pas ? 
Et de trois, mais tout le monde s'en fiche d'eux donc pourquoi est-ce que je prends la peine d'en parler, il y a des personnes âgées qui n'ont pas l'habitude, ou pas envie (c'est leur droit) de se servir d'Internet pour écouter la radio, qui ont passé leur vie entière à tourner le bouton d'un poste de radio et recevoir la seconde d'après le son, et qui peuvent voir d'un mauvais oeil le fait de devoir...
1) Allumer l'ordinateur
2) Attendre que l'ordinateur soit allumé (bon, d'accord, ça ne prend que quelques secondes, mais déjà, à ce stade, le poste de radio serait en marche depuis longtemps)
3) ouvrir leur navigateur Internet
4) Se connecter sur le site Internet de France Inter
5) Accéder au "direct" de France Inter
6) Attendre (quelques secondes, certes...) que le direct se charge
... pour pouvoir écouter la radio.

Et puis il y a des gens, peut-être des personnes âgées là aussi, qui n'ont tout simplement pas Internet chez eux, et cela ne fait pas d'eux des extraterrestres ou des attardés mentaux pour autant. Je suis restée entre 2004 et 2011 sans avoir Internet chez moi (je l'avais entre 1997 et 2004 puis j'avais décidé de résilier mon abonnement) et je n'en suis pas morte, même si j'ai continué à l'utiliser dans les webcafés et les bibliothèques lorsque j'en avais besoin.

Ces personnes là, si elles sont situées dans les zones non couvertes par la FM, elles sont définitivement laissées de côté. 

Finalement, il y a les expatriés, dont je fais partie. Pour nous, c'est moins grave (du moins c'est mon opinion) car nous ne pouvons pas dire que nous vivons l'injustice de ne plus recevoir France Inter sur un poste de radio alors que nous nous trouvons sur le sol français lui-même. Pour nous c'est plutôt ennuyeux, et surtout décevant.

Pour vous raconter un peu ma vie, le matin, quand je me lève (très tôt, et en plus je me lève à l'heure anglaise donc une heure plus tôt que vous, si, si...) j'aime bien tourner le bouton de la radio (vintage) et capter le doux son de France Inter sur les grandes ondes alors que je prépare le petit déjeuner dans la cuisine. C'est sympa comme truc à faire. J'en parlais en mai dernier dans cet article de mon blog. 

Evidemment, le son que l'on capte est parfois un peu altéré par des grésillements et les craquements, ceci dépendant, semble-t-il, du temps qu'il fait. Même si nous avions le WiFi et que j'avais un ordinateur dans la cuisine, je me vois mal devoir passer par toutes les étapes décrites plus haut pour, enfin, parvenir à écouter les nouvelles françaises du matin. 

Comme je l'ai déjà dit ici ou là, être expatrié ne signifie pas vouloir couper les ponts avec la France. D'autant plus que, dans les pays où nous vivons, et il y a des expats français partout dans le monde, nous sommes considérés comme les ambassadeurs et représentants de notre pays. Il est donc important, et pas seulement pour nous-mêmes, de rester au courant de l'actualité française car lorque les gens veulent avoir un renseignement sur la France, ou comprendre mieux ce qu'il s'y passe, c'est à nous qu'ils posent leurs questions.

Pour ce qui est de la télévision, heureusement qu'il existe TV5 Monde, qui propose une sélection de programmes francophones, sinon il faudrait passer par tout un système d'abonnements pour pouvoir regarder une émission en français. Mais quid de la radio, alors ?

France Inter, je l'écoute en direct sur l'ordinateur si je travaille sur quelque chose qui ne demande pas une concentration maximum, et donc le silence. Je pourrai donc continuer à l'écouter de temps en temps et j'en suis très contente. Par conséquent, je ne suis pas à plaindre, mais je suis tout de même déçue à l'idée de ne plus pouvoir tourner le bouton de mon poste de radio (vintage) le matin lorsque je mets ma superbe cafetière (vintage, des années 70) en route, ou le soir lorsque je fais la cuisine (avec mes supers -et ultra solides, pas du Made in China !- appareils électroménagers des années 60).

Au temps jadis des heures glorieuses de la réception de la radio française par les expatriés européens, je recevais France Info, mais j'ai cessé du jour au lendemain de la capter. J'entends toujours au loin, très loin, dans le brouillard des craquements et des gémissements de ma vieille radio, un espèce de truc qui m'a tout l'air de ressembler à Europe 1, à moins que ce ne soit RTL, mais la réception est tellement mauvaise que j'ai vite laissé tomber.

© Hergé/Moulinsart 2016

Avec l'aimable autorisation de la société Moulinsart, cette image sera retirée le 7/01/2017 dernier délai.


Je continue (et j'espère continuer !) à capter une radio belge géniale, nommée La Première, que j'écoute déjà de temps en temps car elle propose d'excellentes émissions, et même si je me sens forcément moins concernée lorsque j'entends un reportage sur ce qu'il se passe à Namur ou Charleroi, je trouve ça très bien de ne pas me restreindre à ce qu'il se passe en GB ou en France. Sur La Première, ils donnent d'ailleurs des nouvelles de ce qu'il se passe en France, alors que la réciproque est rarement vraie.

Couper un canal de communication en français... et après cela, la France se plaint de perdre de l'influence dans le monde et de voir la langue française de moins en moins parlée et apprise (regardez ce qu'il se passe dans les pays de l'ex Indochine par exemple) !

Mais avant de penser aux expatriés, ou même à la présence de la langue française dans le monde, il faudrait penser à toutes les personnes situées en France qui ont besoin, et pas seulement envie comme moi, de continuer à recevoir France Inter sur les ondes longues.

J'ai signé une pétition ici pour demander le maintien de France Inter sur les ondes longues. Comme j'ai été super frustrée de voir mon commentaire coupé lors de la publication de ma participation (ça m'apprendra à écrire des trucs concis au lieu de m'étaler) du coup j'ai rédigé ce petit article qui m'a permis de bougonner, de ronchonner et de grognasser autant que je le souhaitais.

Une pétition sera-t-elle efficace lorsque 13 millions d'euros d'économie sont en jeu ? J'en serais surprise, mais je crois qu'il est tout de même important de la signer, ne serait-ce que pour mesurer le nombre de personnes qui se sentent concernées par cette disparition programmée. 

Alors, en attendant la disparition future des postes de radio eux-mêmes (sait-on jamais...) je vous souhaite une excellent journée, à l'écoute de votre radio préférée ! :-)


L'image utilisée en illustration provient de cet article : "Radio France en ondes moyennes et longues : suicide ou euthanasie ?" Cet article est beaucoup plus technique et explique bien mieux que ce qu'une profane comme moi ne saurait le faire la raison pour laquelle restreindre la diffusion de France Inter sur la bande FM est un abbération. 

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Ousmane Sow

Je viens d'apprendre en surfant sur Twitter la triste nouvelle, la mort de l'artiste sénégalais Ousmane Sow. J'étais allée voir, plusieurs fois, l'exposition de ses oeuvres sur le Pont des Arts en 1999, et j'avais été plus que frappée par la beauté de ses sculptures, j'avais été subjuguée. 

Il faisait beau, le soleil brillait, le ciel était bleu, il y avait du monde sur le pont, le cadre était resplendissant, Paris était, comme toujours, magnifique, et tout ce monde qui déambulait tranquillement au milieu des statues semblait ébloui par la beauté pure, authentique, de ce qu'il découvrait. 

En fait, je ne me souviens plus si le ciel était si bleu ni si le soleil brillait à ce point, mais une chose est sûre, le soleil brillait dans mon coeur et le ciel était bleu à mes yeux. Je venais d'avoir une sorte de choc, une véritable révélation.

Je me souviens surtout de ces visages si expressifs qu'on se serait presque demandé si ces statues n'étaient pas vivantes. C'était fascinant. Tout le contraire pour moi d'une statue de marbre blanc qui, au delà de la perfection technique de l'exécution, ne dégage à mes yeux que froideur et distance. Durant la première visite, je n'arrivais pas à trouver les mots pour exprimer ce que je ressentais en regardant ces chefs-d'oeuvre. Je n'en revenais pas. C'était comme surnaturel.

Je me souviens en particulier de l'une de ces statues, immense, dont la tête penchée observait les spectateurs avec dans les yeux, si l'on regardait bien, une douceur et une bonté telles que l'on se sentait comme enveloppé d'amour et de tendresse. Ousmane Sow a, je le crois, réussi à toucher du doigt les profondeurs de l'âme humaine. 

Ces statues presque géantes, on avait l'impression qu'elles allaient se mettre à parler. On s'attendait à voir, soudain, leurs lèvres bouger, leurs doigts remuer. Les oeuvres d'Ousmane Sow, on avait envie de les écouter, on avait envie de leur répondre, et une fois que l'on avait fait connaissance avec elles, on n'avait plus envie de les quitter. La visite terminée, on reprenait le pont dans l'autre sens, puis encore une fois en sens inverse, puis une fois encore... 

Nous ne devions pas être les seuls à ressentir ce besoin étrange de rester le plus longtemps possible car certaines personnes, surtout des jeunes, s'étaient assises par terre, à même les planches de bois, et semblaient décidées à rester la journée entière là, et peut-être même la soirée, sans se soucier du temps qui passe. 

Mais il arrivait un moment où il fallait bien se décider à partir. On devait alors se forcer à quitter ce Pont des Arts si bien nommé, ce pont devenu une passerelle entre les cultures, entre les différentes formes d'expression, une passerelle reliant même tous les êtres humains. 

Cette exposition des oeuvres d'Ousmane Sow au Pont des Art fut l'un de ces événements à la fois magiques et éphémères qui marquèrent durablement la capitale et ses habitants. Je suis sûre que beaucoup de gens, encore aujourd'hui, en ont gardé un souvenir très présent et très intense. 

Et des années durant, chaque fois que je passais devant le Pont des Arts, je repensais à ces statues merveilleuses, à cette exposition merveilleuse qui m'avait ouvert tant de portes, alors qu'il n'avait même pas été nécessaire d'en ouvrir une seule, comme on le fait dans les musées, pour aller les voir, et j'aimais bien me demander où elles étaient à présent, ce qu'elles faisaient... Je me demandais également si elles avaient aimé être exposées sur le Pont des Arts et ce qu'elles avaient pensé de tous ces gens venus les admirer.

Il y a peu d'artistes capables de rendre leur Art aussi authentique et aussi vivant. Ousmane Sow était, et restera, l'un de ceux là.



Ousmane Sow au Pont des Arts sur Google Images 




Fêtes foraines et musée de l'emballage et de la publicité.

En règle générale, je n'aime pas trop l'ambiance des fêtes foraines, c'est bruyant (je me souviens d'une visite à la foire du trône il y a quelques années avec une copine fan de fêtes foraines, d'où je suis repartie avec une migraine mémorable), on respire à pleins poumons, dans chaque allée, les traditionnelles effluves de sucre chaud qui m'écoeurent bien plus qu'elles me mettent l'eau à la bouche, et j'ai du mal à comprendre le plaisir que peuvent éprouver les gens à monter dans ces manèges acrobatiques dont le but est de vous terrifier et vous faire pousser des cris stridents. Cependant, il y a tout de même des attractions qui me plaisent dans certaines fêtes foraines, et c'est pourquoi j'accepte bien volontiers de m'y rendre lorsqu'on me le propose. 

J'aime surtout me pencher sur l'histoire des fêtes foraines, voir l'évolution du design des manèges au fil du temps, et m'intéresser à la vie quotidienne des familles de forains.

Lorsque j'ai l'occasion, donc, de me rendre dans une fête foraine, comme le week-end dernier que nous avons passé à Londres, et où nous avons visité le Winter Wonderland à Hyde Park, si je refuse catégoriquement de monter dans le moindre manège dont les nacelles s'élèvent plus haut qu'un mètre au dessus du sol, j'aime bien observer les gens (la petite sadique, hi hi hi) cramponnés à la barre de sécurité de leur petit wagon, alors qu'ils font leurs dangereux loopings ou dévallent les pentes vertigineuses des montagnes russes. On les entend hurler depuis le plancher des vaches. Je ressens alors une espèce de compassion confuse à leur égard, tout en me disant qu'après tout, c'est eux qui l'ont voulu ! J'aime bien observer aussi la tête qu'ils font lorsqu'il descendent du manège. Très peu d'entre eux font la tronche. J'explique cela par le fait que la plupart des gens qui ne supportent pas la machine infernale dans laquelle ils ont osé monter, ou qui regrettent d'y être monté, doivent faire une crise cardiaque avant même d'avoir eu le temps de finir leur tour de manège. A moins que le choc émotionnel ne provoque une crise d'euphorie à la descente. En réalité, l'écrasante majorité des gens ont une mine franchement réjouie, on voit qu'ils ont adoré, ce qui, je l'ai expliqué plus haut, me laisse plus que perplexe. J'essaye alors de comprendre, je me gratte la tête pour remuer les quelques idées qui s'y trouvent, je tente de réfléchir, mais non, je n'y comprends décidément rien. Il y a des moments où j'ai vraiment l'impression d'être une extra-terrestre sur cette planète.

Comme il faisait un temps glacial le week end dernier à Londres, qu'en plus il pleuvait samedi, et qu'en plus-plus il fait vite nuit en fin d'après midi en ce mois de novembre, nous ne sommes restés que peu de temps samedi au Winter Wonderland. Cela a tout de même été une visite agréable, cette fête foraine étant loin d'être aussi grande et bruyante que la foire du trône, et j'ai pu constater que, finalement, on se laisse vite emporter par l'ambiance du lieu... 

















En plus d'être retournés au Science Museum, nous avons également découvert un musée original et, je crois, peu connu, même des Londoniens eux-mêmes : le musée des marques, des emballages et de la publicité. 

A priori, comme ça, l'idée de visiter un musée de l'emballage n'a pas l'air très emballant, mais en fait c'est génial, du moins pour qui aime les vieux objets et le vintage : des pièces remplies de vieilles boîtes de toutes sortes, depuis les boîtes de céréales jusqu'aux boîtes de jeux de société, en passant par les boissons, les lessives, quelques valises de compagnies aérienne (tiens, ça me rappelle une personne un peu cinglée...), une collection superbe de radios anciennes des années 30 à 60/70 dans la dernière salle, des vieilles télés, des jouets anciens, des parfums, des disques, des magazines... 

Je m'attendais à un tout petit musée, j'ai été frappée par sa taille et la richesse de ses collections. 

Je n'ajouterai pas de photos pour illustrer parce que c'est interdit d'y prendre des photos, alors je vous conseille vivement, lors de votre prochaine visite à Londres, de vous y rendre. Vous ne serez pas déçu ! 


24 novembre 2016
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La folie des 5 livres...

Depuis que le nouveau billet de cinq livres est sorti en Grande Bretagne, c'est un peu la folie sur les réseaux sociaux, ou sur les plateformes de vente et d'enchères comme eBay. A la vente, les tous premiers billets s'y échangent à des prix dépassant souvent 50 ou 100 fois leur valeur en marchandise, à des collectionneurs qui veulent des billets portant les tous premiers numéros de série dans un état impeccable, ou présentant au contraire des défauts de fabrication qui ne font qu'augmenter leur rareté. Parfois la vente ne va pas jusqu'à son terme, et des personnes ont placé des enchères bidons qu'ils ont ensuite rétractées (comme cette enchère à £60 000 ou je sais plus combien de livres sterling !!), au grand désespoir du vendeur.
 
Il y a une certaine atmosphère de chasse au trésor en ce moment en GB où tout le monde vérifie le numéro de série du ou des billets que l'automate ou le vendeur vous a remis, espérant décrocher un des AA01, tiré à presque un million d'exemplaires. Le tout premier billet imprimé, le AA01 je-sais-plus-quoi (je retrouverai le numéro complet) a été offert à la Reine, donc inutile d'espérer se le voir remettre et toucher ainsi le gros lot. Par contre j'ai pas compris pourquoi le AK47 est supposé avoir une telle valeur. Tout le monde semble chercher son AK47 sur eBay. Snif snif, je n'ai ni AA01 ni AK47, donc le jackpot n'est pas pour moi. J'ai toutefois quelques AK40 et AJ45, je vais donc me précipiter en courant chez un expert pour connaître leur valeur réelle, puisqu'il est désormais admis qu'un billet de cinq livres vaut en réalité beaucoup plus que ça. S'ils ne valent malheureusement que £5 pour l'instant, je peux toujours les garder et attendre une petite centaine d'années pour pouvoir, enfin, les revendre sur eBay à leur juste prix.
 
Je trouve ça assez incroyable que des gens soient prêts à dépenser de telles sommes pour un billet de banque, mais finalement, on peut se dire que c'est un investissement comme un autre. Ou alors, ce sont des collectionneurs fous comme il y en a un certain nombre en GB. Personnellement j'aurais plutôt tendance à vouloir garder un ancien billet comme souvenir, comme je l'ai fait pour les francs, et les quelques autres devises de ma (petite) collection de pieces et billets, comme le Mark, la Lire... également disparues depuis l'arrivée de l'euro, mais ça n'engage que moi.
 
 
Maintenant, ce billet, de quoi a-t-il l'air ?
 
Voici l'ancien :
 
 
Et voici le nouveau, qui est en fait un peu plus petit :

 
 
De l'autre côté du nouveau, il y a Winston Churchill, et les parties blanches que l'on voit sur le scan ci-dessus sont en fait transparentes avec un filigrane à l'intérieur. Une garantie de plus contre la falsification. Certains pensent que les faussaires parviendront tout de même à imiter ces nouveaux billets, alors autant savoir tout de suite à quoi ressemble un vrai.
 
Le fait que tout le monde vérifie ses numeros de série et attache une telle importance à ce nouveau billet de £5 n'est dû à mon avis qu'à l'espoir de trouver le billet rare et le revendre avec un gros bénéfice, car quand on écoute les opinions des Britanniques au sujet de ce billet, personne ou presque ne semble l'aimer. Fabriqué dans une sorte de plastique (polymère) supposé le rendre indestructible (au contraire de l'autre qui, il est vrai, devenait tout chiffonné et moche au bout de trois échanges), il est difficile à plier pour le fourrer dans son porte monnaie, à moins de marquer le pli au fer à repasser, et puis tout le monde trouve les couleurs moins belles, plus criardes que sur l'ancien billet.
 
Autre problème engendré par l'arrivé de ce nouveau billet : vu qu'il est reputé indestructible (le truc à jamais dire, un peu comme le Titanic qui était supposé insubmersible), du coup tout le monde essaye de le détruire, afin de verifier ces déclarations, et toutes les méthodes sont bonnes. La Reine et Winston ont vraiment de la patience de supporter ça
 
Il est évident que le billet résiste tant qu'on ne s'acharne pas trop dessus ou qu'on n'emploie pas les grands moyens. Espérons que les gens qui ont finalement réussi à amocher irrémédiablement leur "fiver" ont pris la précaution, au préalable, de verifier le numéro de série, et qu'ils n'ont pas détruit un fabuleux AA01 ou un très précieux AK47...
 
 
Octobre 2016
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Une fillette en danger



Il y a des années de cela, je monte dans un train, de retour d'un séjour dans les Alpes, et trouve la place qui m'était réservée. En face de moi est assise une jeune mère d'environ trente, trente cinq ans, accompagnée d'une fillette. Elle était plutôt hippie, car elle portait une de ces robes longues de coton coloré "made in India" comme on en trouvait autrefois dans les boutiques Pier Import.

Elle me salue, je la salue en retour, et nous commençons à papoter, de tout et de rien, comme c'est souvent le cas lorsqu'on rencontre quelqu'un dans un train ou un avion. Cette personne me raconte un peu sa vie aussi, et je lui raconte un peu la mienne. J'apprends que la fillette, sa fille, a six ans et qu'elle se nomme Karen. Cette gamine est absolument adorable, le genre que l'on ferait poser pour les catalogues de vente de vêtements pour enfants, et en plus, elle est marrante et attachante. 

Je tourne machinalement la tête et vois, assis à ma gauche, un couple d'environ la quarantaine (peut-être plus jeune mais ils paraissaient tous les deux avoir cet âge) qui fixe la petite avec une expression d'envie à peine dissimulée. On aurait dit un enfant dévorant des yeux un gâteau appétissant, mais qu'il n'a pas le droit de goûter. Ils ont l'air fascinés et ne la quittent pas une seconde du regard. Sur le coup, je les prends pour un couple en mal d'enfant, qui aurait tout essayé pour en avoir un et aurait échoué, mais soudain je remarque qu'ils sont, eux aussi, accompagnés d'une fillette, d'environ cinq ans, assise côté fenêtre, qu'ils délaissent totalement. Elle se fait si petite, cachée derrière les deux adultes, et elle reste tellement silencieuse, que je ne l'avais même pas vue !

Et là, je vois avec horreur un couple, non pas en mal d'enfant, mais en mal de l'enfant "idéal". De l'enfant "rêvé", qu'ils avaient espéré, mais pas eu. Leur petite fille n'est, à première vue, pas aussi jolie que la petite Karen, mais il me semble en fait que son aspect un peu ingrat vient plus du manque d'attention dont elle est victime que d'une réelle laideur. Ses cheveux ont visiblement subi une coupe "maison" (elle ressemble un peu aux deux frères après leur coupe de cheveux "artisanale" dans L'Argent de Poche de François Truffaut), elle n'est, en plus, pas du tout coiffée, porte des vêtements affreux alors que les parents ont l'air d'avoir les moyens de lui offrir des trucs un peu plus jolis (je sais bien qu'il ne s'agit pas de jouer à la poupée avec les petites filles et qu'il n'est pas non plus nécessaire de leur acheter des vêtements de marque, mais il y a des limites, et là, c'était vraiment l'extrême inverse) et puis elle a l'air déprimée, très mal dans sa peau. On dirait Peau d'Ane. Elle me fait vraiment de la peine.

C'est alors que la petite se lève, s'extrait de son siège, se dirige vers Karen, se plante devant elle comme un piquet, et se met, elle aussi, à la dévorer des yeux. On sentait bien à son attitude que si elle avait eu la possibilité, grâce à une baguette magique, de changer de peau et devenir cette petite fille que ses parents semblaient lui préférer, elle l'aurait fait immédiatement. Voyant la petite s'approcher, la maman de Karen encourage les deux fillettes à jouer ensemble mais, devant l'indifférence que manifeste malheureusement Karen à son égard, la petite, dont je ne saurai jamais le nom car elle n'a pas répondu lorsqu'on le lui a demandé (et les parents ne nous l'ont pas dit non plus !), retourne s'asseoir, l'air profondément déçue. 

Ses parents n'ont pas ouvert la bouche, mais l'expression de leur visage avait changé. Ils semblaient avoir eu honte de leur fille. Elle osait se montrer devant tout le monde, en plein jour ! Je ne sais pas si c'était ça qu'ils pensaient, bien sûr, mais c'est comme ça que j'ai ressenti et interprêté le regard plein de reproches et de gêne qu'ils lui ont lancé lorsqu'elle est retournée s'asseoir. Ils se sont ensuite immédiatement détournés d'elle et ont repris leur posture d'admiration envieuse devant la fillette de catalogue. De toute façon, chaque fois qu'ils jetaient un oeil sur leur gamine, c'était toujours un oeil froid, sans émotion, sans une trace d'amour ou d'affection. J'avais vraiment l'impression qu'ils pensaient : "non mais qu'est-ce qu'on a fait pour mériter une gamine pareille alors que d'autres ont la chance d'avoir eu des enfants mignons".

D'un côté du couloir central, une petite fille aimée, choyée, bien dans sa peau, pleine de joie de vivre. De l'autre, une petite fille visiblement pas aimée, délaissée, probablement rejetée, déprimée, et volontairement (je ne vois pas d'autre explication) rendue aussi laide que possible par des gens, ses propres parents (du moins je le suppose), qui avaient décidé que c'était ainsi qu'elle devait appraître aux yeux d'autrui. 

J'étais sidérée, dégoûtée par leur attitude, mais aussi inquiète pour cette gamine. Je me suis dit que cette petite était peut-être en danger. Pas en danger d'être battue, quoiqu'on ne peut jamais savoir, mais certainement en danger de développer une image désastreuse et dévastatrice d'elle-même (ça semblait déjà le cas !) et de subir durant toute son enfance du rejet et de la maltraitance psychologique. 

Arrivées à Paris, j'ai dit au revoir à Karen et sa mère, je n'ai même pas osé leur dire au revoir à eux, et je suis descendue du train. Le couple et l'enfant se sont également préparés et sont descendus, toujours sans dire un mot, sauf un ou deux trucs du genre "N'oublie pas ton sac". Ils n'ont pas adressé une seule fois la parole à leur petite fille durant tout le trajet.

Que peut-on faire dans ces cas là ? Pas grand chose, j'imagine. Rien du tout, probablement. Dans un cas comme celui là, on ne sait pas qui ils sont, on ne sait pas d'où ils sont, où ils vont, et puis même si on le savait, à partir de quand doit-on vraiment s'alerter et avertir les services sociaux, leur dire qu'on a un doute concernant la maltraitance d'un enfant ? On ne peut pas leur dire : "ben oui, je soupçonne ces parents de démolir leur gosse, parce qu'elle est coiffée comme un as de pique, habillée comme Cendrillon, parce qu'ils ne lui ont pas adressé la parole une seule fois dans le train, et dévisageaient une autre gamine" ! J'imagine mal les services sociaux se remuer sur la base de telles déclarations. 

Chaque fois que j'apprends aux nouvelles qu'un enfant a été maltraité, voire est mort de maltraitance, et il y en a régulièrement, je repense à cette gamine et je me demande toujours si ça n'a pas commencé comme ça, par deux parents qui ont fantasmé sur l'enfant parfait, un gamin qu'ils ont ensuite comparé avec ce qu'ils "avaient", et se sont ensuite vengés, ou défoulés, sur ce gosse de la déception ressentie à l'idée de l'avoir "raté", parce qu'il ne correspondait pas à leurs attentes et leurs espoirs (disons le carrément, à leur ambition). Ca peut être n'importe quoi : ils voulaient un garçon et ils ont eu une fille, elle présente des retards qui ne la valorisent pas (ou plutôt ne valorisent pas les parents, supposés être fiers de leur progéniture), elle n'est pas aussi jolie / il n'est pas aussi mignon qu'ils l'espéraient, il a des taches de rousseur et ils ont horreur de ça, ou alors à leurs yeux, il n'est pas assez comme ci, trop comme ça... 

Il doit bien y avoir des signes avant-coureurs de la maltraitance, des trucs qui devraient alerter, et qui devraient déjà justifier que la famille soit un peu (et discrètement) surveillée pour pouvoir intervenir si la situation venait à s'envenimer. 

A leurs yeux, mais aussi aux yeux de la société toute entière. N'est-ce pas elle qui décide, comme elle le fait pour les adultes, des canons de beauté pour les enfants ? Des critères sur lesquels on doit juger qu'un gamin est mignon ou pas ? C'est déjà débile lorsqu'il s'agit d'adultes, mais quand il s'agit d'enfants, là ça devient carrément monstrueux.

Tout comme les femmes qui doivent ressembler à des asperges anorexiques aux joues creuses pour être considérées comme belles, tout comme les hommes qui se doivent d'avoir des gros biceps et des plaques de chocolat partout sur le ventre, les enfants, eux aussi, sont victimes de stupides critères de beauté dont on ne sait d'ailleurs jamais qui les a inventés et imposés. Et à cause de ces critères de beauté arbitraires et dictatoriaux, des gamins sont condamnés, dès leur naissance ou presque, à être mal aimés. Sans que personne ne veuille, ou n'ose, l'avouer, bien sûr. Comment des parents pourraient-ils avouer qu'ils sont déçus par leur gosse, ou pire, qu'ils ne l'aiment carrément pas ?


L'image de cet article provient du site http://www.allo119.gouv.fr/


12 octobre 2016

Jill

On a rencontré Jill il y a un peu plus de trois ans maintenant. Si vous voulez la voir, vous la trouverez dans les brocantes de la région. Son apparence a tout de suite attiré notre attention. La soixantaine bien sonnée, de longs cheveux gris et ondulés qui lui tombent librement sur les épaules et dans le dos, le cou et les doigts couverts de bijoux indiens. Ce sont ses bijoux qui ont tout d'abord attiré mon attention, car j'en porte aussi pas mal, du même style. Peut-être porte-t-elle également des bagues de pieds, mais je n'ai jamais regardé ses pieds en été. Nous-mêmes, nous fréquentons souvent les brocantes, les vides greniers et tous les endroits où nous pouvons assouvir notre passion commune des vieux objets, et comme on la voyait régulièrement, on a fini par faire connaissance.

Jill est le type de personne que j'adore. Simple, naturelle, vraie, sincère et authentique. Elle est toujours de bonne humeur et rigole tout le temps. Je suis toujours heureuse de la voir et d'échanger avec elle. 

Comme je m'en doutais, ne serait-ce que du fait de son apparence physique, Jill a été hippie dans les années soixante. Une vraie, une authentique ! Avec les jupes longues, les tuniques amples et les cheveux remplis de fleurs. Elle n'a pas eu une vie toujours facile car, contrairement à ce que l'on croit de nos jours, les hippies étaient mal acceptés à cette époque par le reste de la société. Que ce soit en Angleterre, en France, aux Etats Unis, ou ailleurs, il y avait des gens qui ne pouvaient vraiment pas les supporter. Mais Jill ne s'en plaint pas. Elle évoque juste parfois quelques anecdotes personnelles sur la façon dont certaines personnes la considéraient. Cependant, si elle n'a pas eu une vie facile, elle a eu une vie intéressante (et continue d'avoir une vie intéressante). 

Jill a fait pratiquement le tour du monde en autostop, dans sa jeunesse, oui, en autostop, se rendant dans beaucoup de pays différents, rencontrant beaucoup de gens différents, à une époque qui me fera toujours rêver, où il suffisait de se coller un sac sur le dos, et de dire "ciao". Il y a encore aujourd'hui quelques irréductibles sur cette Terre qui voyagent de cette façon. Ils arrivent, comme à cette époque, dans les pays qu'ils visitent, sans même savoir où ils vont dormir, sans savoir ce qu'ils vont manger. Il sont libres, même si je pense qu'on est moins libre dans sa tête qu'il y a quarante ou cinquante ans. C'est également ainsi que je suis partie à Londres avec trois copines au tout début des années 80. Sac à dos, et ciao. Sans savoir où on allait dormir à l'arrivée, sans savoir où on allait manger (ni même si on allait manger). On a bien sûr rencontré tout ce que Londres comptait de hippies à l'époque (la période hippie n'était pas terminée en Europe, je ne sais pas si elle l'était déjà aux USA) et, sans être de véritables hippies nous mêmes, on a traîné tout notre séjour avec eux, jouant de la guitare et chantant dans les rues et dans les parcs, les poches vides mais l'esprit heureux. On avait d'ailleurs tellement pas de fric qu'un jour, sur les conseils de nos nouveaux amis qui nous ont d'ailleurs accompagné, on a tous atterri dans un temple de la secte Krishna (non mais franchement, les trucs dingues qu'on peut faire quand on est ado !!) où les adeptes ont eu pitié de nous, pauvres jeunes affamés, et nous ont offert des sortes de boulettes de farine remplies de raisins secs. On était tellement hilares après les avoir mangées qu'on s'est même demandé ce qu'ils avaient mis dedans. Je me suis rarement sentie aussi libre dans ma vie que lors de ce séjour Londonien. Pourtant, Londres, ce n'était pas bien loin, mais pour nous, jeunes ados de seize ans vivant encore bien confortablement chez nos familles, c'était déjà l'aventure.

Jill a donc beaucoup voyagé. Elle s'est notamment rendu sept fois en Inde, un pays qui la passionne. Je me demande bien si elle a rencontré les Beatles, en Inde, dans les années soixante. Ca serait quand même une drôle de coïncidence, mais il fallait bien que des gens les y rencontrent, en Inde. Ils ne devaient pas être si inaccessibles que ça. Si c'est le cas, elle ne s'en est jamais vantée. Jill n'est pas le genre "groupie", à vénérer les pop stars. Elle est de ces gens qui considérent que nous sommes tous égaux sur cette Terre, et qu'il n'y a pas de hiérarchie entre les êtres humains. 

Je ne sais pas quelles aventures elle a vécues lors de ses voyages lointains. La seule chose qu'elle nous a jusqu'à présent racontée, c'est qu'elle s'est une fois rendue en Inde après l'annonce de la très grave maladie d'un de ses petits enfants. Alors qu'à l'époque, elle n'avait pas spécialement de sentiment religieux, elle était si bouleversée qu'elle est allée prier dans tous les temples hindous et les mosquées qu'elle a pu trouver, et lorsqu'elle est revenue, l'enfant était guéri. Elle avoue n'avoir pas de preuve que c'est cela qui a marché, mais qu'elle souhaite y croire. Je lui ai répondu qu'elle n'avait pas non plus de preuve que cela n'avait pas marché.

A bientôt soixante dix ans (c'est son anniversaire dans quelques semaines), Jill a atteint depuis quelques années l'âge de la retraite, mais elle continue de bosser, vendant des bijoux et des objets antiques dans les brocantes, les vide greniers et sur internet. C'est pour ça qu'on la croise aussi parfois à la poste, lorsqu'elle envoie un paquet à un de ses clients. Il m'arrive de me connecter sur son compte pour voir ce qu'elle a de sympa à proposer. En plus des bijoux et des antiquités, elle vend également des perles et de jolies pierres : améthystes, turquoises... 

J'ai entendu dire que les pierres et les minéraux avaient des propriétés. Je ne sais pas si c'est vrai et si c'est scientifiquement vérifié, mais même si c'est faux, ou pas tout à fait vrai, en tout cas les pierres et les minéraux, c'est décoratif et joli à regarder. 

Pourtant, Jill a décidé de prendre sa retraite un de ces jours, dans pas longtemps, bientôt... Quand elle en parle, on sent qu'elle a hâte de mettre ce projet à exécution. Elle attend peut-être encore un peu que le déclic définitif se fasse, je ne sais pas. Mais, bien sûr, ce ne sera pas une retraite conventionnelle. Jill a décidé de vendre sa maison, son véhicule 4/4 dans lequel elle entasse toute sa brocante, bref, elle a décidé de vendre tout ce qu'elle a, et elle va repartir, seule, sur les routes du monde. Elle a déjà fait la liste de tous les pays qu'elle n'a pas encore visités. Si l'on ne sait pas exactement quand elle le fera, ce que l'on sait, par contre, c'est qu'elle le fera. Et que le jour où elle partira, on ne la reverra pas. Elle n'est pas le genre de personne à parler de quelque chose et l'envoyer ensuite aux oubliettes. Et comme on pouvait s'en douter, elle est confrontée à l'incompréhension de nombre de personnes, qui s'inquiètent pour elle et lui disent : "mais où tu vas vivre, si tu vends ta maison ?" Question à laquelle elle répond très tranquillement qu'elle vivra dans les pays qu'elle visitera. 

Pour l'instant, Jill a juste le projet de se rendre dans quelques mois à San Francisco. Pour le mariage de l'une de ses filles. Pour le mariage de l'une de ses filles avec sa copine, nous dit-elle très simplement. Elle est vraiment cool, Jill. J'imagine la tête d'enterrement que doivent faire tellement de parents lorsqu'ils apprennent que leur enfant est homo ! Il y a des jeunes qui se font chasser de chez eux et finissent à la rue, comme des clochards, pour cette raison. Jill, elle, a une fille lesbienne, et cela ne lui pose absolument aucun problème. Elle nous a annoncé le mariage de sa fille avec une autre femme d'une façon tellement naturelle que j'ai brusquement pris conscience du fait que la haine n'est pas une fatalité sur cette Terre. On pourrait très bien, si on le souhaitait, et on devrait, vivre dans un monde où la haine nous est totalement inconnue. Quelque chose de totalement extraterrestre. La haine, le rejet, l'intolérance, le racisme... c'est vraiment cela qui détruit le monde à petit feu, qui le rend plus laid qu'il ne devrait être.

Si seulement les gens haineux pouvaient comprendre que lorsqu'ils haïssent les autres, c'est en fait eux-mêmes qu'il détruisent, ils se détruisent intérieurement parce qu'ils éteignent à tout jamais la petite flamme d'amour qu'ils avaient reçue (du ciel ? d'ailleurs ?) comme cadeau de bienvenue à leur naissance, et qui brûlait en eux, et en chacun de nous. Il tuent ce qu'il y a de beau et de merveilleux en l'être humain, et ne laissent plus de place qu'à la laideur. On rencontre malheureusement beaucoup de gens haineux. Peut être sont-ils devenu haineux parce qu'ils n'ont eux-mêmes par reçu d'amour, ou qu'ils ont, pour une raison ou une autre, été rejetés, par leurs proches, par la société. Pourtant, ce n'est pas une fatalité. C'est même en fait un choix que l'on fait. J'ai connu des gens dont je savais qu'ils n'avaient pas reçu d'amour, et qui n'étaient pas pour autant devenus haineux ou aigris. Jill aussi a parfois été rejetée, du fait de son choix, dans les années soixante, de vivre sa vie en marge de la société. Et pourtant, cette femme déborde d'amour, de bonté et de compassion. 

La vie nous fait parfois rencontrer des gens vraiment admirables. Admirables de simplicité, de sincérité, de chaleur humaine et d'ouverture d'esprit. Ce sont ces gens là qui nous enrichissent et nous inspirent. 

Ce "monde meilleur" que tant de gens cherchent désespéremment, mais sans jamais le trouver, il est pourtant là, devant nos yeux. Il ne le trouvent pas parce qu'ils ne le cherchent pas au bon endroit. Ils le cherchent dans des projets utopiques, parfois jusqu'à l'extrême, de réorganisation de la société, alors qu'il est en nous, à l'intérieur de nous, et qu'il nous suffit de le laisser s'exprimer. Ce n'est pas le monde extérieur que nous devons changer, c'est nous-mêmes que nous devons, intérieurement, transformer.


Août 2016.

Bourg Saint Maurice, avant, après.

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant cette vieille carte postale en Angleterre, dans ma ville ! A croire que c'était bien moi qu'elle attendait. Elle a été postée par une britannique en villégiature dans la région. Elle y raconte la chaleur, le bleu du ciel, et le fait qu'elle va bientôt partir pour visiter l'Italie (qui n'est pas loin de là).



Cette carte montre quelques vues de Bourg Saint Maurice, en Savoie, à la fin des années 70. Bourg Saint Maurice est une ville que je connais bien, du moins que je connaissais bien, et que j'aime énormément. C'est là, dans le coin, que nous allions en vacances, lorsque j'étais ado, à la fin des années 70 et au début des années 80. Ca fait des années, des décennies, même, que je n'y suis pas retournée. 

J'ai eu une sorte de choc joyeux en reconnaissant le café restau "Le Val d'Isère", où mes copines et moi étions allées un jour boire un pot, et où l'une d'entre nous (pas moi, je jure) avait piqué un des cendriers posés sur la table en terrasse... et bien sûr en reconnaissant la gare. Ca m'a rappelé toutes sortes de souvenirs heureux. Le bâtiment au dessus du café, sur la carte, je ne savais pas de quoi il s'agissait, tout en reconnaissant malgré tout le style de construction de la région.

Tout ça m'a replongée dans mon enfance et adolescence, et me fait songer que les gosses, dans les années 70, étaient beaucoup plus libres de leurs mouvements, du moins en vacances, qu'ils ne le sont de nos jours. Question de sécurité. Je me souviens de vacances d'été à Morzine, en Haute Savoie, en 1970, 71, 72... où j'étais laissée totalement libre, dès l'âge de six ans, de partir seule, avec mon petit vélo, me balader en ville, aller où je voulais et rentrer quand je voulais. Quand je n'étais pas seule, ma soeur et moi on allait à la piscine, celle située sous la passerelle, on se faisait un mini golf, on allait se payer des crêpes... 
Je me revois en 1971, à sept ans, pédalant sur une route devant le terrain de jeux d'une colonie de vacances, et m'arrêtant quelques instants pour regarder les gosses, derrière la barrière, s'amuser sur les toboggans, les balançoires... et voilà deux ou trois gamins de mon âge qui viennent me voir, me demandent mon nom et mon âge, et qui soudain me lancent : "ici, c'est bien ! Toi tu peux pas faire tout ce qu'on fait ici ! C'est pas à toi !" les pestes... ;-) et moi de leur répondre du tac au tac, aussi petite peste qu'eux : "oui, mais moi, je fais ce que je veux, je vais où je veux avec mon vélo et j'ai même pas besoin de demander la permission ! Au revoir !" 

Lorsque nous partions en vacances dans des plus petites villes où des villages, nous faisions connaissance avec les gosses du coin et on se joignait à leur petite bande, on organisait des jeux dans la forêt, dans la montagne, on rassemblait notre argent de poche pour aller se payer des trucs au bistro du village, on se baladait même parfois la nuit dans le cimetière pour se faire des frayeurs... J'ai ainsi gardé des souvenirs fantastiques de vacances d'été passées dans un petit village d'Auvergne en 1975.

Même à Paris, dès l'âge de six ans j'allais à l'école seule et je prenais le métro toute seule. Vous en connaissez beaucoup, aujourd'hui, des gamins de six ans qui vont à l'école seuls et surtout qui prennent le métro parisien seuls ? Trop risqué, de nos jours, de laisser des jeunes enfants sans la protection d'un adulte. Même en les bardant de téléphones portables et en les appelant toutes les trois secondes pour savoir où ils sont, avec qui ils sont et ce qu'ils font. Nous, on n'avait pas besoin de ça, puisqu'il n'y avait rien à craindre. Le monde a changé. 

Je n'ai pas la nostalgie de mon enfance en particulier, j'ai en fait la nostalgie du temps où les enfants en général pouvaient vivre sereinement leur vie d'enfant, jouer, se balader, être des gamins enjoués, dans l'insouciance et la sécurité. 
Aujourd'hui, on demande aux gosses, dans nos sociétés où ils ont pourtant la chance de ne pas être exposés à la guerre, de grandir le plus rapidement possible, de ne pas être des enfants, ou le moins longtemps possible. A croire qu'être un enfant est désormais considéré comme un handicap, une période d'extrême vulnérabilité et d'insécurité dont il faut s'extraire aussi vite que possible, à coup de "réalité de la vie" composée de violence, d'images atroces à la télé, de petites filles de neuf ou dix ans qui commencent déjà à se maquiller, poussées à le faire par la société dans son ensemble (et qu'on ne vienne pas me dire que c'est parce qu'elles "veulent faire comme Maman". Oublie-t-on que le maquillage est supposé être utilisé par les femmes comme instrument de séduction ?), et qu'ils faut désormais (les média le font déjà) nommer "jeunes filles"... Des "jeunes filles" de dix ans !! Non mais c'est vraiment n'importe quoi !! Oui, le monde a bien changé...

C'est curieux comme nous étions à la fois laissés libres de nos mouvements à cette époque, mais pas pour autant livrés à nous mêmes. Bien que plus libres, nous étions également plus protégés, car on ne nous autorisait pas à regarder n'importe quoi à la télé par exemple. De nos jours, les gamins sont hyper surveillés, hyper protégés dans un certain sens, et en même temps, alors que c'est en fait contradictoire, sous prétexte qu'il ne faut pas les sur-protéger, ou qu'il faut les "confronter à la réalité de la vie", on les expose à des trucs, notamment à la télé, qui ne sont clairement pas de leur âge, et qui les traumatisent, les rendent agressifs... Arrive ensuite l'armée de psys qui prennent le relai et promettent bien sûr de récupérer le gosse complètement paumé...

Voir des vieilles cartes postales de lieux que j'ai connus fait revivre de beaux souvenirs d'enfance et d'adolescence, mais me plonge donc aussi dans une espèce de nostalgie mélancolique teintée de "le monde était mieux avant" que j'essage tout de même d'éviter car c'est pas vraiment constructif comme attitude, et puis en plus il y a plein de choses qui sont très bien aujourd'hui aussi. 

Quelle ne fut donc pas ma joie de tomber, par un hasard extraordinaire, en Angleterre, sur cette carte postale de Bourg Saint Maurice, dont la photo a été prise à l'époque même où je passais régulièrement mes vacances dans la région! 

Ce que j'aime particulièrement, dans toutes ces vieilles cartes postales, c'est d'une part voir les vieilles voitures, qui témoignent de leur époque, et puis tout ce qui fait le cachet "vintage" de l'époque, et d'autre part comparer l'apparence des lieux montrés sur ces anciennes cartes avec leur apparence d'aujourd'hui. 

Et comme je n'ai pas la possibilité de me rendre à Bourg Saint Maurice pour aller faire mes propres photos "avant-après", je me suis tout naturellement connectée sur Google Map pour faire mes recherches.

Le premier bâtiment a été facile à trouver, il a suffit de taper "Le Rochefort" pour le voir apparaître sur mon écran. 


Avant...


Après.

Google Map


Les voitures stationnées devant l'immeuble ont un peu changé, vous ne trouvez pas ? ;-)


Pour ce qui est du Val d'Isère, impossible de le trouver sur Google Map. Je me suis alors dit qu'il n'existait plus. Comme je pensais me souvenir qu'il se trouvait non loin de la gare, j'ai exploré avec cet incroyable outil (Google Map, franchement c'est génial ce truc) les environs de la gare, et j'ai tout de suite retrouvé l'immeuble. En effet, le café restau n'existe plus.

Avant...



Après.

Google Map

Franchement, sans vouloir tomber dans la nostalgie, vous avouerez quand même que c'était mieux avec le petit café-restau sympa, sa terrasse et ses parasols, non? La place n'a plus ce petit air de vacances qu'elle avait autrefois.


Quant à la gare, elle a été agrandie avec un nouveau bâtiment.

Avant...



Après.

Google Map

Je suppose que l'agrandissement a dû se faire à l'époque des jeux olympiques d'Alberville.

Voilà, c'était ma petite promenade "avant-après" dans Bourg Saint Maurice. Je tâcherai de trouver d'autres cartes postales anciennes , d'autre lieux, pour faire la même chose avec elles. 


Juillet 2016
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Histoire d’un permis.



Histoire de mon permis de conduire, tel que je l'ai passé en GB, et quelques comparaisons intéressantes entre les systèmes français et britannique. 


La toute première leçon de conduite de ma vie, je l’ai prise à la Cité des Sciences et de l'Industrie. 
Il y avait autrefois une machine, un simulateur de conduite (ou de course automobile, je sais plus) aux pieds de l’ancienne rampe qui supportait les vieilles voitures de collection (je crois que ces voitures ont été enlevées parce qu’elles ont été abîmées, mais j’en suis pas sûre). J’avais très envie de l’essayer, mais le problème, c’est qu’il était monopolisé toute la journée par une bande de gamins du quartier, âgés de huit à quinze ans peut être, je ne sais pas, qui l’utilisaient à tour de rôle et ne le laissaient à personne d’autre, même quand il y avait des gens qui attendaient à côté d’eux. Le fait est qu’ils s’éclataient bien sur ce truc, mais à moins de dormir sur place ou venir à cinq heures du matin, il n’y avait pas moyen de s’en servir, ne serait-ce qu’une minute. Chaque fois que je venais à la Cité, ils étaient là. Aucun espoir, donc, d’utiliser le simulateur si on se contentait d’attendre patiemment qu’ils s’en aillent pour prendre la relève. 
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"London Is the Place For Me..."

"London Is the Place For Me..." J'aime bien écouter cette jolie chanson, qui est chantée dans "Paddington", le film très marrant de Paul King, mais si j'aime beaucoup Londres, je suis bien contente qu'on n'y vive pas car je préfère, et de loin, le calme de la petite ville dans laquelle je me trouve. Londres est une ville super, mais tout de même une ville bruyante et agitée, dans le centre du moins car dès qu'on s'éloigne un peu ça va beaucoup mieux. 
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TV5, la Francophonie et le 49/3.

Pour ne pas perdre contact avec l'actualité française, ici en GB, il m'a toujours semblé important de pouvoir continuer à bénéficier des média audiovisuels hexagonaux. J'ai donc pris un vieux poste de radio (je suis une sorte de rétrogirl qui aime bien continuer à utiliser les Anciennes Technologies) et j'ai tourné le bouton jusqu'à ce que j'entende la douce langue de Molière. 

La première radio que j'ai captée a été France Info sur MW 1377, et j'ai ainsi pu écouter chaque matin un concentré d'actualité avant de me mettre au travail. Curieusement, j'ai cessé du jour au lendemain de la capter. Dire "du jour au lendemain" n'est pas exagéré (j'ai souvent tendance à exagérer) car la veille, je recevais France Info, et le lendemain je ne la recevais plus. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé.

Fluctuat Nec Mergitur, un p'tit tour et de retour...

De retour aujourd'hui de trois jours passés à Paris. Départ vendredi, retour mardi. La ville est aussi belle, aussi bouillonnante, aussi pleine d'énergie que toujours. 

Cependant, cette énergie, faite de bruits permanents de circulation, de grondements divers, de milliers de gens qui vaquent à leurs occupations, formant un flot humain au milieu duquel il faut naviguer, se faufiler, trouver sa place, cette énergie faite aussi du crissement assourdissant de certaines rames de métro sur leurs rails, elle a tendance à m'épuiser désormais. Après plusieurs années passées dans une petite ville calme et tranquille située, de plus, du côté britannique de la Manche, je n'ai plus l'habitude de toute cette agitation et ce bruit.

"De plus", car les Anglais ont la réputation, très certainement méritée, d'être plus calmes que les Français. Même l'énorme ville de Londres est plus calme et moins stressante que Paris. Paris est faite d'agitation parfois extrème, de gens qui marchent à une vitesse folle, parfois même qui courent, qui vous bousculent, et sont trop pressés pour se retourner et vous demander pardon, d'automobilistes klaxonnant à la moindre occasion, d'autres automobilistes (ce qui me fait me demander pourquoi les gens deviennent si différents dès que leur voiture est impliquée) qui parfois s'engueulent en pleine rue.

Paris m'épuise. Au bout de trois jours à peine, je suis à ramasser. Je ne peux plus y venir sans attraper une grippe, un rhume, une angine, une conjonctivite, une toux persistante... la liste pourrait être longue... voire des mycoses because la saleté du métro. Avant, lorsque j'y vivais, je n'avais pas ces problèmes. Lorsque je viens à Paris maintenant, je passe mon temps à me passer du gel désinfectant sur les mains pour essayer de chasser les germes. Moi qui croyais que l'immunité contre certains germes, que les migrants perdaient après quelques temps loin de leur contrée de naissance, ne concernait que les personnes en provenance de lointains pays tropicaux, ou les touristes sujets à toutes sortes de petits désagréments, je me rends compte maintenant que cela peut concerner tout le monde. Je ne semble plus être immunisée contre les germes parisiens. 

Paris m'épuise désormais, mais je l'aime de plus en plus. Et j'aime de plus en plus les Parisiens, qui pourtant n'ont pas toujours bonne réputation. Je ne serai jamais immunisée contre Paris lui-même.

La dernière fois que nous étions venus à Paris, c'était le lendemain des attentats de novembre (c'était prévu que nous venions). J'avais trouvé la ville sous le choc, triste, sonnée, les rues étaient étrangement silencieuses, certaines donnaient même à la capitale un air de ville fantôme, beaucoup de gens avaient l'air préoccupés, bouleversés, parfois abattus, et pourtant on sentait les Parisiens déterminés à résister, à ne pas céder à cette peur que l'on cherchait à leur inoculer de force. Des gens faisaient exprès de s'assoir en terrasse, parce que les terrasses de café, c'est aussi cela, Paris, et certains cafés (enfin pour être exacte j'en ai vu un ou deux, mais je suis sûre qu'il y en avait plus) affichaient même des banderolles sur lesquelles on pouvait lire : "Je suis en terrasse". J'ai trouvé cela très fort et très émouvant. La Place de la République, où nous nous sommes rendus, était recouverte de bougies, de photos, de messages, d'hommages divers. Nous ne sommes pas allés devant le Bataclan. 

(Les photos ci dessous ont été prises en avril 2016)











Plusieurs mois après le drame, la statue de la République était toujours recouverte de messages et d'hommages aux victimes des attentats (et de quelques graffitis, pauvre statue !), on y retrouve le "Fluctuat Nec Mergitur" et le "Même pas peur", mais il est venu s'y ajouter des messages plus politiques, notamment liés aux Panama papers, et bien sûr à la loi El Khomri et la Nuit Debout qui font la une de l'actualité en ce moment. 

J'ai trouvé les Parisiens encore frappés par ce qui est arrivé, c'est normal, et les radios en parlent encore énormément, mais dans l'ensemble, l'énergie, je trouve, est revenue. La ville s'est peut être réveillée avec la gueule de bois, mais elle s'est réveillée. Les gens vaquent de nouveau à leurs occupation, vous bousculent aux heures de pointe sur les boulevards, le samedi, parfois sans se retourner pour vous demander pardon, ils sourient, se marrent ou font la tronche comme avant, les klaxons ont repris du service, et oh bonheur ! on a même vu deux automobilistes s'engueuler.

A la République, il y a aussi, désormais, la Nuit Debout. Je sais qu'il s'agit, au départ, d'un mouvement de protestation contre la loi El Khomri, au sujet de laquelle je n'ai pas eu le temps de m'informer. Avant de venir à Paris ce mois-ci, je me suis connectée sur leur radio internet et vu quelques reportages filmés sur le vif dans la rue, sans doute au moyen de téléphones portables, et l'impression générale que j'ai alors retiré de ce mouvement est une certaine confusion. J'ai eu l'impression d'un mouvement pas très bien organisé, je ne dirai pas un mouvement qui ne va nulle part, mais je me suis demandé ce qu'il va ressortir de tout cela. 

Bien qu'ils aient un programme et un manifeste, je ne comprends toujours pas exactement ce qu'ils veulent, concrètement, au delà de cette protestation initiale contre la loi El Khomri. Lorsque l'on consulte leur site internet, on voit qu'ils organisent des "Assemblées populaires" (j'ai horreur de ce genre de vocabulaire, ça me rappelle toujours tout ce que j'ai lu sur les Khmers rouges, sans bien évidemment comparer ce mouvement à une idéologie qui a eu pour résultat une effroyable dictature sanglante), des "Jury citoyens" (y jugent-ils quelque chose ?) ils font des réunions sur le thème de l'écologie, du logement, de l'économie, du féminisme... bref, j'ai l'impression que ça part un peu dans tous les sens. Il vaut mieux essayer de réfléchir sur notre société que ne pas réfléchir du tout, évidemment, mais, je me répète, que va-t-il ressortir de concret de tout cela ? 

J'ai participé aux manifestations étudiantes de 1986, ayant suivi le mouvement général bien que ne rejettant pas la totalité de ce qui était proposé dans le projet de loi Devaquet (je pensais que l'on pouvait s'inspirer de quelques points et les adapter, faire des compromis), j'ai fait les manifs dans la rue avec les copains copines, j'ai participé (ou plus exactement je suis venue écouter, en observatrice très attentive, mais je n'ai pas réellement participé) aux assemblées générales dans les amphis de ma fac, j'ai rencontré des tas de gens à cette occasion, et j'ai gardé deux impressions de ce mouvement. 

D'abord, si t'étais pas d'accord avec l'avis général ultra majoritaire et ultra dominantc'était même pas la peine de venir, tu étais un traître à la cause du peuple. C'est le "t'es avec nous, ou t'es contre nous" que l'on retrouve dans tant de mouvements politiques. Tu te devais d'être en total désaccord avec le projet de loi, d'en rejeter tous les points, sans exception, en bloc, sans discuter, sans même chercher à réfléchir par toi-même et encore moins penser que l'on pouvait peut-être faire quelques compromis... Oui ? Non ? Aucun compromis ? Ah bon...

Deuxièmement, une fois la loi abandonnée, le mouvement s'est très rapidement essoufflé. Toutes ces assemblées générales durant lesquelles les "meneurs" (car il y en avait, sous la forme de délégués étudiants, de représentants de ceci ou cela) avaient non seulement élaboré des plans d'action contre la loi, organisé les manifestations, mais aussi refait le monde, rêvé d'un monde meilleur, n'ont mené à rien de concret sur le long terme. Le petit journal universitaire que le "comité" du mouvement avait commencé à publier a stoppé net sa publication, les gens sont retournés en cours (comme beaucoup d'étudiants en accord partiel avec le mouvement, je n'avais cessé d'y aller que lorsque les profs se sont eux-mêmes mis en grève, oh la vilaine traître à la cause !) les étudiants ont cessé leurs assemblées générales et ont recommencé à flipper car les examens approchaient, et le monde a repris son cours tranquille.

Bref, je me demande si Nuit Debout continuera sur le long terme (et dans ce cas il en ressortira sans doute quelque chose) ou alors ce sera comme notre mouvement étudiant de 1986, qui a obtenu ce qu'il voulait, à savoir le retrait du projet de loi, mais n'a été le début de rien, n'a rien élaboré, réellement rien changé à notre modèle de société et n'a, finalement, pas refait le monde du tout. 

Paris est actuellement en ébullition mais, je me répète encore, que va-t-il donc ressortir de tout cela ? Il me semble avoir compris (pas évident de suivre de près l'actualité quand on n'est plus en France) que le mouvement Nuit Debout refuse d'avoir des représentants, des portes paroles ? C'est bien de vouloir que tout le monde s'exprime à égalité, j'approuve, on ne peut qu'approuver, forcément, et d'un certain côté je trouve ce mouvement populaire très intéressant, mais où vont-ils s'ils n'ont pas de représentant, ni (à mon impression, qui est peut-être fausse) vraiment d'organisation structurée ? 

J'ai vaguement lu que le philosophe Alain Finkielkraut s'est fait virer du mouvement, ou un truc dans le genre ? Je n'ai pas encore eu le temps de lire ce qu'il s'est passé mais je vais sans aucun doute le faire très vite.

Le mouvement va-t-il s'essoufler, tomber dans les extrêmes (si ce n'est déjà le cas), mieux s'organiser, élaborer une pensée positive et réellement constructive (si ce n'est déjà le cas) ? Refaire le monde ? Se casser brutalement la figure ? S'effilocher peu à peu ? Tomber dans le néant, voire dans l'oubli ?

L'avenir nous le dira.



Mardi 20 avril 2016
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