Jill

On a rencontré Jill il y a un peu plus de trois ans maintenant. Si vous voulez la voir, vous la trouverez dans les brocantes de la région. Son apparence a tout de suite attiré notre attention. La soixantaine bien sonnée, de longs cheveux gris et ondulés qui lui tombent librement sur les épaules et dans le dos, le cou et les doigts couverts de bijoux indiens. Ce sont ses bijoux qui ont tout d'abord attiré mon attention, car j'en porte aussi pas mal, du même style. Peut-être porte-t-elle également des bagues de pieds, mais je n'ai jamais regardé ses pieds en été. Nous-mêmes, nous fréquentons souvent les brocantes, les vides greniers et tous les endroits où nous pouvons assouvir notre passion commune des vieux objets, et comme on la voyait régulièrement, on a fini par faire connaissance.

Jill est le type de personne que j'adore. Simple, naturelle, vraie, sincère et authentique. Elle est toujours de bonne humeur et rigole tout le temps. Je suis toujours heureuse de la voir et d'échanger avec elle. 

Comme je m'en doutais, ne serait-ce que du fait de son apparence physique, Jill a été hippie dans les années soixante. Une vraie, une authentique ! Avec les jupes longues, les tuniques amples et les cheveux remplis de fleurs. Elle n'a pas eu une vie toujours facile car, contrairement à ce que l'on croit de nos jours, les hippies étaient mal acceptés à cette époque par le reste de la société. Que ce soit en Angleterre, en France, aux Etats Unis, ou ailleurs, il y avait des gens qui ne pouvaient vraiment pas les supporter. Mais Jill ne s'en plaint pas. Elle évoque juste parfois quelques anecdotes personnelles sur la façon dont certaines personnes la considéraient. Cependant, si elle n'a pas eu une vie facile, elle a eu une vie intéressante (et continue d'avoir une vie intéressante). 

Jill a fait pratiquement le tour du monde en autostop, dans sa jeunesse, oui, en autostop, se rendant dans beaucoup de pays différents, rencontrant beaucoup de gens différents, à une époque qui me fera toujours rêver, où il suffisait de se coller un sac sur le dos, et de dire "ciao". Il y a encore aujourd'hui quelques irréductibles sur cette Terre qui voyagent de cette façon. Ils arrivent, comme à cette époque, dans les pays qu'ils visitent, sans même savoir où ils vont dormir, sans savoir ce qu'ils vont manger. Il sont libres, même si je pense qu'on est moins libre dans sa tête qu'il y a quarante ou cinquante ans. C'est également ainsi que je suis partie à Londres avec trois copines au tout début des années 80. Sac à dos, et ciao. Sans savoir où on allait dormir à l'arrivée, sans savoir où on allait manger (ni même si on allait manger). On a bien sûr rencontré tout ce que Londres comptait de hippies à l'époque (la période hippie n'était pas terminée en Europe, je ne sais pas si elle l'était déjà aux USA) et, sans être de véritables hippies nous mêmes, on a traîné tout notre séjour avec eux, jouant de la guitare et chantant dans les rues et dans les parcs, les poches vides mais l'esprit heureux. On avait d'ailleurs tellement pas de fric qu'un jour, sur les conseils de nos nouveaux amis qui nous ont d'ailleurs accompagné, on a tous atterri dans un temple de la secte Krishna (non mais franchement, les trucs dingues qu'on peut faire quand on est ado !!) où les adeptes ont eu pitié de nous, pauvres jeunes affamés, et nous ont offert des sortes de boulettes de farine remplies de raisins secs. On était tellement hilares après les avoir mangées qu'on s'est même demandé ce qu'ils avaient mis dedans. Je me suis rarement sentie aussi libre dans ma vie que lors de ce séjour Londonien. Pourtant, Londres, ce n'était pas bien loin, mais pour nous, jeunes ados de seize ans vivant encore bien confortablement chez nos familles, c'était déjà l'aventure.

Jill a donc beaucoup voyagé. Elle s'est notamment rendu sept fois en Inde, un pays qui la passionne. Je me demande bien si elle a rencontré les Beatles, en Inde, dans les années soixante. Ca serait quand même une drôle de coïncidence, mais il fallait bien que des gens les y rencontrent, en Inde. Ils ne devaient pas être si inaccessibles que ça. Si c'est le cas, elle ne s'en est jamais vantée. Jill n'est pas le genre "groupie", à vénérer les pop stars. Elle est de ces gens qui considérent que nous sommes tous égaux sur cette Terre, et qu'il n'y a pas de hiérarchie entre les êtres humains. 

Je ne sais pas quelles aventures elle a vécues lors de ses voyages lointains. La seule chose qu'elle nous a jusqu'à présent racontée, c'est qu'elle s'est une fois rendue en Inde après l'annonce de la très grave maladie d'un de ses petits enfants. Alors qu'à l'époque, elle n'avait pas spécialement de sentiment religieux, elle était si bouleversée qu'elle est allée prier dans tous les temples hindous et les mosquées qu'elle a pu trouver, et lorsqu'elle est revenue, l'enfant était guéri. Elle avoue n'avoir pas de preuve que c'est cela qui a marché, mais qu'elle souhaite y croire. Je lui ai répondu qu'elle n'avait pas non plus de preuve que cela n'avait pas marché.

A bientôt soixante dix ans (c'est son anniversaire dans quelques semaines), Jill a atteint depuis quelques années l'âge de la retraite, mais elle continue de bosser, vendant des bijoux et des objets antiques dans les brocantes, les vide greniers et sur internet. C'est pour ça qu'on la croise aussi parfois à la poste, lorsqu'elle envoie un paquet à un de ses clients. Il m'arrive de me connecter sur son compte pour voir ce qu'elle a de sympa à proposer. En plus des bijoux et des antiquités, elle vend également des perles et de jolies pierres : améthystes, turquoises... 

J'ai entendu dire que les pierres et les minéraux avaient des propriétés. Je ne sais pas si c'est vrai et si c'est scientifiquement vérifié, mais même si c'est faux, ou pas tout à fait vrai, en tout cas les pierres et les minéraux, c'est décoratif et joli à regarder. 

Pourtant, Jill a décidé de prendre sa retraite un de ces jours, dans pas longtemps, bientôt... Quand elle en parle, on sent qu'elle a hâte de mettre ce projet à exécution. Elle attend peut-être encore un peu que le déclic définitif se fasse, je ne sais pas. Mais, bien sûr, ce ne sera pas une retraite conventionnelle. Jill a décidé de vendre sa maison, son véhicule 4/4 dans lequel elle entasse toute sa brocante, bref, elle a décidé de vendre tout ce qu'elle a, et elle va repartir, seule, sur les routes du monde. Elle a déjà fait la liste de tous les pays qu'elle n'a pas encore visités. Si l'on ne sait pas exactement quand elle le fera, ce que l'on sait, par contre, c'est qu'elle le fera. Et que le jour où elle partira, on ne la reverra pas. Elle n'est pas le genre de personne à parler de quelque chose et l'envoyer ensuite aux oubliettes. Et comme on pouvait s'en douter, elle est confrontée à l'incompréhension de nombre de personnes, qui s'inquiètent pour elle et lui disent : "mais où tu vas vivre, si tu vends ta maison ?" Question à laquelle elle répond très tranquillement qu'elle vivra dans les pays qu'elle visitera. 

Pour l'instant, Jill a juste le projet de se rendre dans quelques mois à San Francisco. Pour le mariage de l'une de ses filles. Pour le mariage de l'une de ses filles avec sa copine, nous dit-elle très simplement. Elle est vraiment cool, Jill. J'imagine la tête d'enterrement que doivent faire tellement de parents lorsqu'ils apprennent que leur enfant est homo ! Il y a des jeunes qui se font chasser de chez eux et finissent à la rue, comme des clochards, pour cette raison. Jill, elle, a une fille lesbienne, et cela ne lui pose absolument aucun problème. Elle nous a annoncé le mariage de sa fille avec une autre femme d'une façon tellement naturelle que j'ai brusquement pris conscience du fait que la haine n'est pas une fatalité sur cette Terre. On pourrait très bien, si on le souhaitait, et on devrait, vivre dans un monde où la haine nous est totalement inconnue. Quelque chose de totalement extraterrestre. La haine, le rejet, l'intolérance, le racisme... c'est vraiment cela qui détruit le monde à petit feu, qui le rend plus laid qu'il ne devrait être.

Si seulement les gens haineux pouvaient comprendre que lorsqu'ils haïssent les autres, c'est en fait eux-mêmes qu'il détruisent, ils se détruisent intérieurement parce qu'ils éteignent à tout jamais la petite flamme d'amour qu'ils avaient reçue (du ciel ? d'ailleurs ?) comme cadeau de bienvenue à leur naissance, et qui brûlait en eux, et en chacun de nous. Il tuent ce qu'il y a de beau et de merveilleux en l'être humain, et ne laissent plus de place qu'à la laideur. On rencontre malheureusement beaucoup de gens haineux. Peut être sont-ils devenu haineux parce qu'ils n'ont eux-mêmes par reçu d'amour, ou qu'ils ont, pour une raison ou une autre, été rejetés, par leurs proches, par la société. Pourtant, ce n'est pas une fatalité. C'est même en fait un choix que l'on fait. J'ai connu des gens dont je savais qu'ils n'avaient pas reçu d'amour, et qui n'étaient pas pour autant devenus haineux ou aigris. Jill aussi a parfois été rejetée, du fait de son choix, dans les années soixante, de vivre sa vie en marge de la société. Et pourtant, cette femme déborde d'amour, de bonté et de compassion. 

La vie nous fait parfois rencontrer des gens vraiment admirables. Admirables de simplicité, de sincérité, de chaleur humaine et d'ouverture d'esprit. Ce sont ces gens là qui nous enrichissent et nous inspirent. 

Ce "monde meilleur" que tant de gens cherchent désespéremment, mais sans jamais le trouver, il est pourtant là, devant nos yeux. Il ne le trouvent pas parce qu'ils ne le cherchent pas au bon endroit. Ils le cherchent dans des projets utopiques, parfois jusqu'à l'extrême, de réorganisation de la société, alors qu'il est en nous, à l'intérieur de nous, et qu'il nous suffit de le laisser s'exprimer. Ce n'est pas le monde extérieur que nous devons changer, c'est nous-mêmes que nous devons, intérieurement, transformer.


Août 2016.

Bourg Saint Maurice, avant, après.

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant cette vieille carte postale en Angleterre, dans ma ville ! A croire que c'était bien moi qu'elle attendait. Elle a été postée par une britannique en villégiature dans la région. Elle y raconte la chaleur, le bleu du ciel, et le fait qu'elle va bientôt partir pour visiter l'Italie (qui n'est pas loin de là).



Cette carte montre quelques vues de Bourg Saint Maurice, en Savoie, à la fin des années 70. Bourg Saint Maurice est une ville que je connais bien, du moins que je connaissais bien, et que j'aime énormément. C'est là, dans le coin, que nous allions en vacances, lorsque j'étais ado, à la fin des années 70 et au début des années 80. Ca fait des années, des décennies, même, que je n'y suis pas retournée. 

J'ai eu une sorte de choc joyeux en reconnaissant le café restau "Le Val d'Isère", où mes copines et moi étions allées un jour boire un pot, et où l'une d'entre nous (pas moi, je jure) avait piqué un des cendriers posés sur la table en terrasse... et bien sûr en reconnaissant la gare. Ca m'a rappelé toutes sortes de souvenirs heureux. Le bâtiment au dessus du café, sur la carte, je ne savais pas de quoi il s'agissait, tout en reconnaissant malgré tout le style de construction de la région.

Tout ça m'a replongée dans mon enfance et adolescence, et me fait songer que les gosses, dans les années 70, étaient beaucoup plus libres de leurs mouvements, du moins en vacances, qu'ils ne le sont de nos jours. Question de sécurité. Je me souviens de vacances d'été à Morzine, en Haute Savoie, en 1970, 71, 72... où j'étais laissée totalement libre, dès l'âge de six ans, de partir seule, avec mon petit vélo, me balader en ville, aller où je voulais et rentrer quand je voulais. Quand je n'étais pas seule, ma soeur et moi on allait à la piscine, celle située sous la passerelle, on se faisait un mini golf, on allait se payer des crêpes... 
Je me revois en 1971, à sept ans, pédalant sur une route devant le terrain de jeux d'une colonie de vacances, et m'arrêtant quelques instants pour regarder les gosses, derrière la barrière, s'amuser sur les toboggans, les balançoires... et voilà deux ou trois gamins de mon âge qui viennent me voir, me demandent mon nom et mon âge, et qui soudain me lancent : "ici, c'est bien ! Toi tu peux pas faire tout ce qu'on fait ici ! C'est pas à toi !" les pestes... ;-) et moi de leur répondre du tac au tac, aussi petite peste qu'eux : "oui, mais moi, je fais ce que je veux, je vais où je veux avec mon vélo et j'ai même pas besoin de demander la permission ! Au revoir !" 

Lorsque nous partions en vacances dans des plus petites villes où des villages, nous faisions connaissance avec les gosses du coin et on se joignait à leur petite bande, on organisait des jeux dans la forêt, dans la montagne, on rassemblait notre argent de poche pour aller se payer des trucs au bistro du village, on se baladait même parfois la nuit dans le cimetière pour se faire des frayeurs... J'ai ainsi gardé des souvenirs fantastiques de vacances d'été passées dans un petit village d'Auvergne en 1975.

Même à Paris, dès l'âge de six ans j'allais à l'école seule et je prenais le métro toute seule. Vous en connaissez beaucoup, aujourd'hui, des gamins de six ans qui vont à l'école seuls et surtout qui prennent le métro parisien seuls ? Trop risqué, de nos jours, de laisser des jeunes enfants sans la protection d'un adulte. Même en les bardant de téléphones portables et en les appelant toutes les trois secondes pour savoir où ils sont, avec qui ils sont et ce qu'ils font. Nous, on n'avait pas besoin de ça, puisqu'il n'y avait rien à craindre. Le monde a changé. 

Je n'ai pas la nostalgie de mon enfance en particulier, j'ai en fait la nostalgie du temps où les enfants en général pouvaient vivre sereinement leur vie d'enfant, jouer, se balader, être des gamins enjoués, dans l'insouciance et la sécurité. 
Aujourd'hui, on demande aux gosses, dans nos sociétés où ils ont pourtant la chance de ne pas être exposés à la guerre, de grandir le plus rapidement possible, de ne pas être des enfants, ou le moins longtemps possible. A croire qu'être un enfant est désormais considéré comme un handicap, une période d'extrême vulnérabilité et d'insécurité dont il faut s'extraire aussi vite que possible, à coup de "réalité de la vie" composée de violence, d'images atroces à la télé, de petites filles de neuf ou dix ans qui commencent déjà à se maquiller, poussées à le faire par la société dans son ensemble (et qu'on ne vienne pas me dire que c'est parce qu'elles "veulent faire comme Maman". Oublie-t-on que le maquillage est supposé être utilisé par les femmes comme instrument de séduction ?), et qu'ils faut désormais (les média le font déjà) nommer "jeunes filles"... Des "jeunes filles" de dix ans !! Non mais c'est vraiment n'importe quoi !! Oui, le monde a bien changé...

C'est curieux comme nous étions à la fois laissés libres de nos mouvements à cette époque, mais pas pour autant livrés à nous mêmes. Bien que plus libres, nous étions également plus protégés, car on ne nous autorisait pas à regarder n'importe quoi à la télé par exemple. De nos jours, les gamins sont hyper surveillés, hyper protégés dans un certain sens, et en même temps, alors que c'est en fait contradictoire, sous prétexte qu'il ne faut pas les sur-protéger, ou qu'il faut les "confronter à la réalité de la vie", on les expose à des trucs, notamment à la télé, qui ne sont clairement pas de leur âge, et qui les traumatisent, les rendent agressifs... Arrive ensuite l'armée de psys qui prennent le relai et promettent bien sûr de récupérer le gosse complètement paumé...

Voir des vieilles cartes postales de lieux que j'ai connus fait revivre de beaux souvenirs d'enfance et d'adolescence, mais me plonge donc aussi dans une espèce de nostalgie mélancolique teintée de "le monde était mieux avant" que j'essage tout de même d'éviter car c'est pas vraiment constructif comme attitude, et puis en plus il y a plein de choses qui sont très bien aujourd'hui aussi. 

Quelle ne fut donc pas ma joie de tomber, par un hasard extraordinaire, en Angleterre, sur cette carte postale de Bourg Saint Maurice, dont la photo a été prise à l'époque même où je passais régulièrement mes vacances dans la région! 

Ce que j'aime particulièrement, dans toutes ces vieilles cartes postales, c'est d'une part voir les vieilles voitures, qui témoignent de leur époque, et puis tout ce qui fait le cachet "vintage" de l'époque, et d'autre part comparer l'apparence des lieux montrés sur ces anciennes cartes avec leur apparence d'aujourd'hui. 

Et comme je n'ai pas la possibilité de me rendre à Bourg Saint Maurice pour aller faire mes propres photos "avant-après", je me suis tout naturellement connectée sur Google Map pour faire mes recherches.

Le premier bâtiment a été facile à trouver, il a suffit de taper "Le Rochefort" pour le voir apparaître sur mon écran. 


Avant...


Après.

Google Map


Les voitures stationnées devant l'immeuble ont un peu changé, vous ne trouvez pas ? ;-)


Pour ce qui est du Val d'Isère, impossible de le trouver sur Google Map. Je me suis alors dit qu'il n'existait plus. Comme je pensais me souvenir qu'il se trouvait non loin de la gare, j'ai exploré avec cet incroyable outil (Google Map, franchement c'est génial ce truc) les environs de la gare, et j'ai tout de suite retrouvé l'immeuble. En effet, le café restau n'existe plus.

Avant...



Après.

Google Map

Franchement, sans vouloir tomber dans la nostalgie, vous avouerez quand même que c'était mieux avec le petit café-restau sympa, sa terrasse et ses parasols, non? La place n'a plus ce petit air de vacances qu'elle avait autrefois.


Quant à la gare, elle a été agrandie avec un nouveau bâtiment.

Avant...



Après.

Google Map

Je suppose que l'agrandissement a dû se faire à l'époque des jeux olympiques d'Alberville.

Voilà, c'était ma petite promenade "avant-après" dans Bourg Saint Maurice. Je tâcherai de trouver d'autres cartes postales anciennes , d'autre lieux, pour faire la même chose avec elles. 


Juillet 2016
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Histoire d’un permis.



Histoire de mon permis de conduire, tel que je l'ai passé en GB, et quelques comparaisons intéressantes entre les systèmes français et britannique. 


La toute première leçon de conduite de ma vie, je l’ai prise à la Cité des Sciences et de l'Industrie. 
Il y avait autrefois une machine, un simulateur de conduite (ou de course automobile, je sais plus) aux pieds de l’ancienne rampe qui supportait les vieilles voitures de collection (je crois que ces voitures ont été enlevées parce qu’elles ont été abîmées, mais j’en suis pas sûre). J’avais très envie de l’essayer, mais le problème, c’est qu’il était monopolisé toute la journée par une bande de gamins du quartier, âgés de huit à quinze ans peut être, je ne sais pas, qui l’utilisaient à tour de rôle et ne le laissaient à personne d’autre, même quand il y avait des gens qui attendaient à côté d’eux. Le fait est qu’ils s’éclataient bien sur ce truc, mais à moins de dormir sur place ou venir à cinq heures du matin, il n’y avait pas moyen de s’en servir, ne serait-ce qu’une minute. Chaque fois que je venais à la Cité, ils étaient là. Aucun espoir, donc, d’utiliser le simulateur si on se contentait d’attendre patiemment qu’ils s’en aillent pour prendre la relève. 
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"London Is the Place For Me..."

"London Is the Place For Me..." J'aime bien écouter cette jolie chanson, qui est chantée dans "Paddington", le film très marrant de Paul King, mais si j'aime beaucoup Londres, je suis bien contente qu'on n'y vive pas car je préfère, et de loin, le calme de la petite ville dans laquelle je me trouve. Londres est une ville super, mais tout de même une ville bruyante et agitée, dans le centre du moins car dès qu'on s'éloigne un peu ça va beaucoup mieux. 
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TV5, la Francophonie et le 49/3.

Pour ne pas perdre contact avec l'actualité française, ici en GB, il m'a toujours semblé important de pouvoir continuer à bénéficier des média audiovisuels hexagonaux. J'ai donc pris un vieux poste de radio (je suis une sorte de rétrogirl qui aime bien continuer à utiliser les Anciennes Technologies) et j'ai tourné le bouton jusqu'à ce que j'entende la douce langue de Molière. 

La première radio que j'ai captée a été France Info sur MW 1377, et j'ai ainsi pu écouter chaque matin un concentré d'actualité avant de me mettre au travail. Curieusement, j'ai cessé du jour au lendemain de la capter. Dire "du jour au lendemain" n'est pas exagéré (j'ai souvent tendance à exagérer) car la veille, je recevais France Info, et le lendemain je ne la recevais plus. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé.

Fluctuat Nec Mergitur, un p'tit tour et de retour...

De retour aujourd'hui de trois jours passés à Paris. Départ vendredi, retour mardi. La ville est aussi belle, aussi bouillonnante, aussi pleine d'énergie que toujours. 

Cependant, cette énergie, faite de bruits permanents de circulation, de grondements divers, de milliers de gens qui vaquent à leurs occupations, formant un flot humain au milieu duquel il faut naviguer, se faufiler, trouver sa place, cette énergie faite aussi du crissement assourdissant de certaines rames de métro sur leurs rails, elle a tendance à m'épuiser désormais. Après plusieurs années passées dans une petite ville calme et tranquille située, de plus, du côté britannique de la Manche, je n'ai plus l'habitude de toute cette agitation et ce bruit.

"De plus", car les Anglais ont la réputation, très certainement méritée, d'être plus calmes que les Français. Même l'énorme ville de Londres est plus calme et moins stressante que Paris. Paris est faite d'agitation parfois extrème, de gens qui marchent à une vitesse folle, parfois même qui courent, qui vous bousculent, et sont trop pressés pour se retourner et vous demander pardon, d'automobilistes klaxonnant à la moindre occasion, d'autres automobilistes (ce qui me fait me demander pourquoi les gens deviennent si différents dès que leur voiture est impliquée) qui parfois s'engueulent en pleine rue.

Paris m'épuise. Au bout de trois jours à peine, je suis à ramasser. Je ne peux plus y venir sans attraper une grippe, un rhume, une angine, une conjonctivite, une toux persistante... la liste pourrait être longue... voire des mycoses because la saleté du métro. Avant, lorsque j'y vivais, je n'avais pas ces problèmes. Lorsque je viens à Paris maintenant, je passe mon temps à me passer du gel désinfectant sur les mains pour essayer de chasser les germes. Moi qui croyais que l'immunité contre certains germes, que les migrants perdaient après quelques temps loin de leur contrée de naissance, ne concernait que les personnes en provenance de lointains pays tropicaux, ou les touristes sujets à toutes sortes de petits désagréments, je me rends compte maintenant que cela peut concerner tout le monde. Je ne semble plus être immunisée contre les germes parisiens. 

Paris m'épuise désormais, mais je l'aime de plus en plus. Et j'aime de plus en plus les Parisiens, qui pourtant n'ont pas toujours bonne réputation. Je ne serai jamais immunisée contre Paris lui-même.

La dernière fois que nous étions venus à Paris, c'était le lendemain des attentats de novembre (c'était prévu que nous venions). J'avais trouvé la ville sous le choc, triste, sonnée, les rues étaient étrangement silencieuses, certaines donnaient même à la capitale un air de ville fantôme, beaucoup de gens avaient l'air préoccupés, bouleversés, parfois abattus, et pourtant on sentait les Parisiens déterminés à résister, à ne pas céder à cette peur que l'on cherchait à leur inoculer de force. Des gens faisaient exprès de s'assoir en terrasse, parce que les terrasses de café, c'est aussi cela, Paris, et certains cafés (enfin pour être exacte j'en ai vu un ou deux, mais je suis sûre qu'il y en avait plus) affichaient même des banderolles sur lesquelles on pouvait lire : "Je suis en terrasse". J'ai trouvé cela très fort et très émouvant. La Place de la République, où nous nous sommes rendus, était recouverte de bougies, de photos, de messages, d'hommages divers. Nous ne sommes pas allés devant le Bataclan. 

(Les photos ci dessous ont été prises en avril 2016)











Plusieurs mois après le drame, la statue de la République était toujours recouverte de messages et d'hommages aux victimes des attentats (et de quelques graffitis, pauvre statue !), on y retrouve le "Fluctuat Nec Mergitur" et le "Même pas peur", mais il est venu s'y ajouter des messages plus politiques, notamment liés aux Panama papers, et bien sûr à la loi El Khomri et la Nuit Debout qui font la une de l'actualité en ce moment. 

J'ai trouvé les Parisiens encore frappés par ce qui est arrivé, c'est normal, et les radios en parlent encore énormément, mais dans l'ensemble, l'énergie, je trouve, est revenue. La ville s'est peut être réveillée avec la gueule de bois, mais elle s'est réveillée. Les gens vaquent de nouveau à leurs occupation, vous bousculent aux heures de pointe sur les boulevards, le samedi, parfois sans se retourner pour vous demander pardon, ils sourient, se marrent ou font la tronche comme avant, les klaxons ont repris du service, et oh bonheur ! on a même vu deux automobilistes s'engueuler.

A la République, il y a aussi, désormais, la Nuit Debout. Je sais qu'il s'agit, au départ, d'un mouvement de protestation contre la loi El Khomri, au sujet de laquelle je n'ai pas eu le temps de m'informer. Avant de venir à Paris ce mois-ci, je me suis connectée sur leur radio internet et vu quelques reportages filmés sur le vif dans la rue, sans doute au moyen de téléphones portables, et l'impression générale que j'ai alors retiré de ce mouvement est une certaine confusion. J'ai eu l'impression d'un mouvement pas très bien organisé, je ne dirai pas un mouvement qui ne va nulle part, mais je me suis demandé ce qu'il va ressortir de tout cela. 

Bien qu'ils aient un programme et un manifeste, je ne comprends toujours pas exactement ce qu'ils veulent, concrètement, au delà de cette protestation initiale contre la loi El Khomri. Lorsque l'on consulte leur site internet, on voit qu'ils organisent des "Assemblées populaires" (j'ai horreur de ce genre de vocabulaire, ça me rappelle toujours tout ce que j'ai lu sur les Khmers rouges, sans bien évidemment comparer ce mouvement à une idéologie qui a eu pour résultat une effroyable dictature sanglante), des "Jury citoyens" (y jugent-ils quelque chose ?) ils font des réunions sur le thème de l'écologie, du logement, de l'économie, du féminisme... bref, j'ai l'impression que ça part un peu dans tous les sens. Il vaut mieux essayer de réfléchir sur notre société que ne pas réfléchir du tout, évidemment, mais, je me répète, que va-t-il ressortir de concret de tout cela ? 

J'ai participé aux manifestations étudiantes de 1986, ayant suivi le mouvement général bien que ne rejettant pas la totalité de ce qui était proposé dans le projet de loi Devaquet (je pensais que l'on pouvait s'inspirer de quelques points et les adapter, faire des compromis), j'ai fait les manifs dans la rue avec les copains copines, j'ai participé (ou plus exactement je suis venue écouter, en observatrice très attentive, mais je n'ai pas réellement participé) aux assemblées générales dans les amphis de ma fac, j'ai rencontré des tas de gens à cette occasion, et j'ai gardé deux impressions de ce mouvement. 

D'abord, si t'étais pas d'accord avec l'avis général ultra majoritaire et ultra dominantc'était même pas la peine de venir, tu étais un traître à la cause du peuple. C'est le "t'es avec nous, ou t'es contre nous" que l'on retrouve dans tant de mouvements politiques. Tu te devais d'être en total désaccord avec le projet de loi, d'en rejeter tous les points, sans exception, en bloc, sans discuter, sans même chercher à réfléchir par toi-même et encore moins penser que l'on pouvait peut-être faire quelques compromis... Oui ? Non ? Aucun compromis ? Ah bon...

Deuxièmement, une fois la loi abandonnée, le mouvement s'est très rapidement essoufflé. Toutes ces assemblées générales durant lesquelles les "meneurs" (car il y en avait, sous la forme de délégués étudiants, de représentants de ceci ou cela) avaient non seulement élaboré des plans d'action contre la loi, organisé les manifestations, mais aussi refait le monde, rêvé d'un monde meilleur, n'ont mené à rien de concret sur le long terme. Le petit journal universitaire que le "comité" du mouvement avait commencé à publier a stoppé net sa publication, les gens sont retournés en cours (comme beaucoup d'étudiants en accord partiel avec le mouvement, je n'avais cessé d'y aller que lorsque les profs se sont eux-mêmes mis en grève, oh la vilaine traître à la cause !) les étudiants ont cessé leurs assemblées générales et ont recommencé à flipper car les examens approchaient, et le monde a repris son cours tranquille.

Bref, je me demande si Nuit Debout continuera sur le long terme (et dans ce cas il en ressortira sans doute quelque chose) ou alors ce sera comme notre mouvement étudiant de 1986, qui a obtenu ce qu'il voulait, à savoir le retrait du projet de loi, mais n'a été le début de rien, n'a rien élaboré, réellement rien changé à notre modèle de société et n'a, finalement, pas refait le monde du tout. 

Paris est actuellement en ébullition mais, je me répète encore, que va-t-il donc ressortir de tout cela ? Il me semble avoir compris (pas évident de suivre de près l'actualité quand on n'est plus en France) que le mouvement Nuit Debout refuse d'avoir des représentants, des portes paroles ? C'est bien de vouloir que tout le monde s'exprime à égalité, j'approuve, on ne peut qu'approuver, forcément, et d'un certain côté je trouve ce mouvement populaire très intéressant, mais où vont-ils s'ils n'ont pas de représentant, ni (à mon impression, qui est peut-être fausse) vraiment d'organisation structurée ? 

J'ai vaguement lu que le philosophe Alain Finkielkraut s'est fait virer du mouvement, ou un truc dans le genre ? Je n'ai pas encore eu le temps de lire ce qu'il s'est passé mais je vais sans aucun doute le faire très vite.

Le mouvement va-t-il s'essoufler, tomber dans les extrêmes (si ce n'est déjà le cas), mieux s'organiser, élaborer une pensée positive et réellement constructive (si ce n'est déjà le cas) ? Refaire le monde ? Se casser brutalement la figure ? S'effilocher peu à peu ? Tomber dans le néant, voire dans l'oubli ?

L'avenir nous le dira.



Mardi 20 avril 2016
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Recette infaillible pour attraper une abeille

Votre maison est envahie par les abeilles, rentrées on ne sait comment en dépit des carrés de moustiquaire que vous tendez devant vos fenêtres ouvertes ? Vous craignez qu'elles ne viennent faire leur miel dans les alvéoles de votre grattoir à fromage ?


Pas de panique, nous avons la solution !
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Tous unis contre la haine. Commencez par balayer devant votre porte...

1) Mon premier est un article du Parisien sur les nouveaux spots de la télé française, dans le cadre de la campagne "Tous Unis Contre la Haine"

(TousUnisContrelaHaine.gouv.fr.)

L'article est ici : http://www.leparisien.fr/societe/racisme-quand-les-mots-preparent-les-coups-20-03-2016-5643523.php


Lettre à la CSI...

Bonjour la Cité des Sciences  :-)

Vous pouvez vous vanter d'être le lieu de visite que je préfère à Paris. La première fois que je suis venue vous rendre visite, c'était en 1991. Coup de foudre instantané ! Une journée inoubliable, suivie par plein, plein d'autres, toutes aussi magiques. Un lieu franchement génial, quoi ! Si vous saviez à quel point je regrette de ne pas être venue dès l'ouverture ! 

Je viens de voir votre beau site commémorant les 30 ans de la CSI, et sur la page consacrée à 2002, vous présentez l'expo "L'homme et les gènes" comme étant permanente depuis mai 2002. 

Dans la série "les animaux sont pleins d'idées"...

On s'est bien marrés ce week-end en observant le comportement d'un petit écureuil frustré de ne pas parvenir à atteindre les cacahuettes placées dans la mangeoire à l'attention des oiseaux. Cette mangeoire a la forme d'une petite maisonnette de bois, aux fenêtres protégées par de fins grillages à travers lesquels les oiseaux picorent les cacahuettes (ou autres graines). L'idée était justement de placer ces petites friandises hors de portée des écureuils, qui font une vraie razzia sur tout ce qu'ils trouvent et ne laissent rien à personne. 
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L'inconnu du 17ème arrondissement.

Il y a une dizaine d'années, en 2005 pour être précise, j'accompagnais une amie dans le 17ème arrondissement pour un examen médical où elle craignait de se rendre. Arrivée au bas de l'immeuble, elle me fit savoir que tout allait bien et qu'elle pouvait monter seule. 

Je l'attendais donc dans la rue en faisant les cent pas lorsqu'un inconnu d'un certain âge vient vers moi, avec l'idée évidente de m'adresser la parole. Je ne saurais dire quel âge il avait exactement, la cinquantaine passée en tout cas, la soixantaine peut être. 

"Excusez moi Mademoiselle ? (j'ai toujours fait beaucoup plus jeune que mon âge)
- Oui ?
- Quel musée vient d'ouvrir ses portes à St Paul ?
Je m'attendais à tout ("vous voulez prendre un café ?" etc) mais pas à ça. Je réfléchis une seconde ou deux, et réponds la première chose qui me vient à l'esprit, sans trop savoir si j'ai bon ou pas.
- Le Mémorial de la Shoah ?"

Enseignant attaqué dans sa classe

Comment est-ce possible qu'en plein état d'urgence, avec toutes les mesures de sécurité que cela suppose, un individu n'ayant rien à faire dans une école parvienne à y entrer, si tôt le matin, monter dans les étages sans être inquiété outre mesure, et poignarder un enseignant qui préparait sa classe ?


C'est à pleurer ce qui arrive aux Yézidis.

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Connaissez vous l'histoire de Radio Caroline ?






C’est l’histoire non pas d’un mec (quoique…) mais de plusieurs mecs, pirates des ondes de leur état. Les pirates dont il s’agit ici sont de l’espèce qui ne cherche nullement à nuire à autrui, mais au contraire à lui apporter du bonheur et une bonne dose d’énergie positive.

Nous sommes en 1964 en Grande Bretagne. A cette époque, les compagnies de disque et la BBC ont le contrôle absolu et le monopole sur ce qui est diffusé à la radio. Silence radio, c’est le cas de le dire, ou presque, sur la pop et le rock, qui n’ont pas la cote sur cette radio très officielle, au grand dam des amateurs de ces genres musicaux…

Pourrait-on m'expliquer comment il se fait qu'un vote à un commentaire (le mien), un seul, sur Agoravox, engendre une étoile et demi (et demi, en plus !!) alors que j'avais très clairement positionné ma souris sur l'étoile la plus à droite afin de donner 3 étoiles au commentaire ? 

Faudrait qu'Agoravox revoie son système d'appréciation des commentaires, qui est assez nouveau puisqu'avant, il s'agissait de plusser ou moinsser, car visiblement il y a des bugs.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir.)






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Dans la tête d'une expat.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/dans-la-tete-d-une-expat-168304






J’ai reçu récemment un email d’une personne qui me demandait pourquoi, sur mon blog, je ne parlais pas de mon expatriation en Grande Bretagne, et si la France me manquait puisque le retour est seulement hypothétique (voir mon blog si vous voulez savoir pourquoi). Jamais, en effet, depuis trois ans et demi que je me trouve en Angleterre, je n’ai écrit le moindre article pour raconter comment la vie se déroule ici, de l’autre côté de la Manche. Tout d’abord, j’écris peu en ce moment dans mon blog par manque de temps. Ensuite, je n’en ai jamais ressenti le besoin ni l’envie, peut-être parce que la vie quotidienne s’y déroule, finalement, à peu près de la même façon que sur le « continent », comme l’aiment à le nommer les Britanniques. On se lève le matin, on travaille, on va faire ses courses, on se détend quand on a le temps, on voit un dentiste quand on a mal aux dents, on voit un médecin quand on ne se sent pas bien.